Editoriaux - International - 5 novembre 2018

Elle s’habille en Belle Hélène : culottée, cette ambassadrice turque !

Ambassadrice de Turquie en Ouganda, Sedef Yavuzalp avait décidé de promouvoir l’année 2018 « Année de Troie » pour ses « 5.000 ans » et s’est donc costumée, lors d’une réception à Kampala, en Hélène de Troie, accompagnée de Zeus, carrément.

C’était le 29 octobre et, ce jour-là, en Turquie, c’est la « fête de la République ». C’est donc plus le jour des parades militaires que des bals costumés. Mais, surtout, c’était le jour où une représentante officielle de la Turquie ne pouvait pas se déguiser en GRECQUE !

« Un grand scandale : le Jour de la République, l’ambassadrice était Hélène, et son assistant Zeus », a immédiatement titré le quotidien turc nationaliste Sözcü.

Le ministère des Affaires étrangères a réagi aussitôt : « Une enquête urgente a été lancée après la publication sur les réseaux sociaux et dans la presse de photographies de notre ambassadrice à la réception » et, dès le 3 novembre, l’ambassadrice a dû quitter son poste.

Son rappel n’est pas un bon signal.

Notoirement attachée à la cause des femmes, la jeune diplomate avait simplement voulu rappeler qu’une d’entre elles, la Belle Hélène, avait tenu dans ses mains le destin de deux nations.

Et sans doute pensait-elle aussi apporter aux Africains une image valorisante de son pays en rappelant que c’est sur la partie de son territoire reconquise sur les Grecs par Atatürk en 1923 que s’était déroulée la célébrissime bataille racontée par l’Iliade, qu’elle qualifie dans son discours ce soir-là de « basis of the Western civilization ».

Le ministre qui l’a sanctionnée, Mevlüt Çavuşoğlu, avait déjà fait parler de lui en déclarant vouloir lutter contre « l’islamophobie » de l’Europe dénoncée comme un « club chrétien », et en se montrant favorable à un alourdissement des peines contre ceux qui « portent atteinte à l’identité turque ».

Enfin, cette sanction dénote une agressivité envers la Grèce antique qui inquiète. La petite Grèce qui, après 400 ans de soumission, osa défier l’Empire ottoman, donnant, en 1821, le signal de son démembrement semble redevenue « l’ennemi héréditaire ».

Quand on sait que la Turquie se réislamise sous l’impulsion d’Erdoğan, on peut craindre une extension du rejet des civilisations préislamiques, et le sort qu’ont fait subir les talibans et l’État islamique aux bouddhas de Bâmyân ou au théâtre de Palmyre n’est pas fait pour nous rassurer.

Ceux des dirigeants turcs qui vénèrent Kemal Atatürk oublient un peu vite qu’il n’était pas anti-occidental, bien au contraire.

Sa république laïque a aboli le califat, imposé l’usage de l’alphabet latin, laïcisé l’école et la Justice, et imposé aux Turcs de quitter le fez et le voile islamique.

Le rappel de Sedef Yavuzalp, de son poste d’ambassadrice de Turquie en Ouganda, est un symptôme de plus de cette incapacité de la Turquie à intégrer une Europe dont – non contente d’occuper indûment la moitié d’un de ses États, Chypre, depuis 1974 – elle récuse le fondement civilisationnel gréco-romain.

On savait le Dieu des chrétiens mal vu en Turquie. Mais on ignorait encore que Zeus lui même y était déclaré indésirable. Qu’Homère y était désormais inscrit au cercle des poètes disparus. Et qu’in fine, la guerre de Troie n’y avait pas eu lieu.

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