Valls à Matignon, le choix de la division

Ecrivain
 

François Hollande avait-il le choix ? Martine Aubry n’était pas partante. Laurent Fabius se tapit sous les lambris du Quai d’Orsay, en espérant tirer les marrons du feu. Pascal Lamy s’est déclaré trop vieux. Le chômage a carbonisé Michel Sapin. Jean-Yves Le Drian a décliné. Jean-Marc Ayrault s’est accroché, rechignant à tendre sa lettre de démission à un patron sous les 20 % de popularité, mais la vague des municipales l’a emporté. Ne restait guère que Manuel Valls. Non-choix d’un président complètement dépassé, comme le prouve la suite : offrir le poste de n°2 du gouvernement à Cécile Duflot. Laquelle a refusé. On a au moins échappé à ça.

À y regarder de plus près, l’option Valls est aussi un coup de poker. Chirac avait refusé Matignon à Sarkozy, croyant enrayer ainsi son ascension.

Hollande, lui, voudrait faire de Valls son Rocard, escomptant qu’au train où vont les choses, les trois ans qui nous séparent de la présidentielle suffiront largement pour qu’il le rejoigne dans les tréfonds de l’impopularité. L’étoile de Valls, en effet, a déjà bien commencé à pâlir.

Personne n’a oublié la répression brutale des opposants à la loi Taubira, bien loin des procédures légales : gaz lacrymogènes sur des familles, arrestations pour port de sweat-shirts subversifs, chantage à la naturalisation pour faire d’une jeune étudiante russe un indic, gardes à vue infondées par milliers, prison ferme pour des opposants qui n’ont rien cassé ni blessé personne. Personne n’a oublié que le ministre de l’Intérieur, Luke Skywalker de carton-pâte, avait traité les manifestants de « forces sombres ».

Personne n’a oublié qu’il a amusé l’opinion pendant un mois avec la quenelle, geste antisystème devenu, par le truchement d’Alain Jakubowicz (président de la LICRA), une « sodomisation des victimes de la Shoah ». Valeurs actuelles livrait, il y a peu, que le jusqu’au-boutisme du ministre n’avait pas été sans rapport avec l’influence d’Anne Gravoin, sa seconde épouse, par laquelle il s’est déclaré « éternellement lié à Israël ». Cette même épouse qui somme les services de police de faire sauter les P.-V. de ses amies garées sur le bateau en bas de chez eux.

Personne n’a oublié les sorties à l’emporte-pièce dans l’hémicycle : la droite responsable du retour du terrorisme en France, la droite sur laquelle pèse systématiquement la suspicion d’être extrême quand elle se contente de demander la neutralisation de groupuscules violents. Personne n’a oublié la complaisance sans nom à l’égard des militants antifas, que ce soit à Paris, Rennes ou encore à Nantes. Et personne n’a oublié, derrière les outrances de langage, le très mauvais bilan : atteinte aux biens, violences physiques, cambriolages, règlements de compte, vols à main armée, trafic de stupéfiants… tous indicateurs en forte hausse depuis deux ans.

Personne n’a oublié que le ministre de l’Intérieur, qui a fait régulièrement son nid dans celui du Premier ministre, du ministre de la Famille et de bien d’autres encore, n’était au courant d’aucune des récentes affaires compromettantes pour la gauche : l’affaire Cahuzac ? Jamais entendu parler. Les écoutes de Nicolas Sarkozy ? Découvertes dans la presse ! Pour un peu, on croirait qu’il a appris sa nomination au poste de Premier ministre en lisant Boulevard Voltaire.

Personne n’a oublié l’insupportable ton de donneur de leçons à l’endroit d’un pompier volontaire refusant de lui serrer la main. Personne n’a oublié que Manuel Valls entendait désormais régenter Internet, à commencer par les réseaux sociaux, afin de museler les oppositions trop agitées. Personne n’a oublié qu’il joue en permanence un camp contre l’autre, y compris à l’intérieur de son propre parti. Personne n’a oublié que celui qui n’a que le mot « République » en bouche constitue un ferment de division permanent pour la France. Et surtout pas François Hollande.

Eli Veugnol
Ecrivain

Article intéressant ?
Faites-le savoir sur facebook ou twitter !

Recevez gratuitement nos articles !


AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.