Birnbaum, Arkoun, Delcambre et les Munâfiqûn

Auteur, militante féministe

Ex-membre du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), du CERF (Cercle d’Etudes de réformes féministes)

Son blog
 

Dans Le Figaro du 19 février, Jean Birnbaum promeut son dernier livre (Un silence religieux : la gauche face au djihadisme), où il fustige le discours de gauche sur les « islamistes » et l’islam… et profère des contre-vérités sur l’islam, en se réclamant du professeur Mohammed Arkoun.

J’ai eu l’honneur de connaître l’orientaliste, « islamologue » Anne-Marie Delcambre, qui vécut longtemps au Liban, et rencontra les « islamologues » de son temps, dont Mohammed Arkoun (1928-2010). Je sais, par elle, que la présentation qu’en fait Jean Birnbaum est fausse.

Anne-Marie Delcambre fut une érudite à la fois « professeur Nimbus », auteur de trois thèses d’État sur l’islam, voyageuse et hardie. Elle s’exposait courageusement en décrivant le contenu du droit musulman dans quelques médias de vulgarisation, et non pas seulement dans des cercles académiques confidentiels. Ce qu’elle expliquait est, bien sûr, corroboré par les auteurs publiés dans nos éditions universitaires, mais elle eut, elle, le courage de parler en public. Plus intéressée par la science que par la carrière, honorée dans des facultés islamiques en tant que « savante » de l’islam, mais pas assez à gauche pour les uns, pas assez catholique – même carrément incroyante – pour les autres, elle fut finalement, de retour en France, professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand.

Elle vient de mourir… Depuis quelques années, elle qui avait passé toute sa vie avec des musulmans, savants ou jeunes élèves, ne voulait plus s’exprimer car elle était horrifiée par certaines récupérations : elle ne voulait pas que ses écrits sur l’islam soient utilisés contre les musulmans.

Anne-Marie Delcambre (1943-2016) honorait Mohammed Arkoun. Dans le monde musulman, dont elle avait adopté certains points de vue, le savoir, le « ilm », est d’une façon générale honoré. Néanmoins, elle expliquait que Mohammed Arkoun ne disait pas en public ce qu’il disait en privé. « Il n’y a qu’un seul islam […] à facettes multiples » et non pas un « islam éclairé » et un « islamisme idéologie politique et guerrière », écrivait Anne-Marie Delcambre. Mohammed Arkoun en était bien d’accord… en privé. « Vous savez, me disait-elle, compréhensive, il ne pouvait parler ainsi en public. » « Il a menti par carriérisme, il aurait pu démissionner pour ne pas mentir ! », fis-je. « Oui, mais… », répondit-elle, toujours émue par la mémoire de son confrère et aîné, issu d’un milieu pauvre, puis devenu grand érudit.

Jean Birnbaum affirme : « […] Ces courants intégristes ne représentent pas un islam originel, ils ne sont pas la butte-témoin d’une époque lointaine où cette religion aurait été encore “pure” de toute influence étrangère : en réalité, l’islamisme est né au XIXe siècle, en réaction aux tentatives de réforme » et, de manière contradictoire d’ailleurs, en appelle à Mohammed Arkoun pour défendre l’idée d’un islam non fondamentalement intégriste car réformable. Contradiction : car si l’islam originel n’est pas intégriste, pourquoi faudrait-il une réforme pour le libéraliser ? La vérité est tout autre : oui, les mouvements intitulés en Occident « islamistes » se sont créés en réaction contre des courants intellectuels plus pacifiques, mais c’est bien au nom d’un retour à l’islam pur de Mahomet.

La formulation de Birnbaum est des plus mensongères, car elle laisse croire que l’islam originel n’est pas terroriste… alors que Mahomet fut initiateur de guerres, assassin et tortionnaire d’opposants et violeur de femmes des tribus vaincues. Sa référence à un savant aussi reconnu que Mohammed Arkoun pourrait paraître clore le débat : las, elle est fausse, car elle repose sur les omissions en public d’Arkoun lui-même.

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Ex-membre du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), du CERF (Cercle d’Etudes de réformes féministes)

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