Élisa Bureau : « Chrétiens d’Occident, votre avenir est aussi en Orient »

Élisa Bureau, qui a passé trois ans au Moyen-Orient, publie Les Chrétientés orientales aux éditions Persée.

Portrait des différentes communautés chrétiennes vivant au Moyen-Orient, cet ouvrage est aussi l’occasion de transmettre leur message aux Occidentaux : « Ne nous oubliez pas. »
Ne les oublions pas car, rappelle Élisa Bureau, la fin de l’Église orientale serait aussi la fin de l’Église occidentale.

Vous publiez aux éditions Persée un petit livre de 130 pages qui dresse le portrait de toutes les différentes communautés chrétiennes vivant au Moyen-Orient. Pourquoi avoir écrit Les Chrétientés Orientales ?

J’ai passé trois ans en Orient au milieu des populations chrétiennes orientales. J’ai rencontré tous les patriarches et les évêques. Je suis allée dans de nombreux villages. J’ai vécu et reçu beaucoup de choses lors de cette expérience, notamment en créant une association permettant de renouer des liens entre Français et Libanais.
Une fois rentrée en France, j’ai ressenti le besoin d’écrire ce livre pour trois raisons.
Je souhaitais tout d’abord au travers de ce livre remercier tous les gens que j’ai rencontrés et qui m’ont tant apporté.
La deuxième raison est de répondre à leur demande. Lorsqu’on rencontre des Orientaux chrétiens, et qu’on leur demande le message qu’ils ont pour la France, ils répondent toujours la même chose : «  Ne nous oubliez pas. » Ils ne demandent pas d’argent en disant cela. Ils le disent parce que l’Orient est le berceau du christianisme. L’Orient est lié à la Bible. C’est donc important pour nous de redécouvrir ce berceau du christianisme.
Enfin, ce livre a une vocation pédagogique. Je souhaitais m’adresser aux Occidentaux et aux Orientaux qui peuvent aussi être perdus dans la diversité de ces Églises orientales, pour leur permettre de découvrir assez rapidement, au travers de ces 130 pages imagées, les Églises orientales. Je suis partie de l’Église primitive pour essayer d’expliquer comment nous sommes arrivés, à partir de l’œuvre d’évangélisation des apôtres, à une vingtaine d’Églises orientales aussi bien catholiques qu’orthodoxes.

Au travers de nombre d’associations comme l’Oeuvre d’Orient, SOS chrétiens d’Orient, ou l’Aide à l’Église en détresse, le public français a été très sensibilisé sur les besoins financiers liés à la cause des chrétiens d’Orient. Vous semblez avoir de fait une démarche différente.

Exactement. Il est évidemment important d’aller les aider, mais beaucoup d’associations le font déjà. L’idée était de ne pas de faire la même chose. Puisqu’ils n’ont ni la même culture ni la même Histoire que nous, malgré notre foi commune, il est important de bien les connaître pour bien les aider.
L’Église est formée de deux poumons, le poumon oriental et le poumon occidental. Nous avons besoin de ces deux poumons pour respirer. Et pour mener des actions en Orient, il est important de bien les comprendre, et de les connaître.
Il s’agit également de nous comprendre nous-mêmes. Nous sommes certes latins, mais notre Église latine a été évangélisée par des apôtres orientaux, notamment saint Pierre et saint Paul. C’est en revenant en Orient qu’on les redécouvre et que l’on comprend mieux qui nous sommes.

Lorsqu’on lit votre livre, on s’aperçoit que cet Orient chrétien est complexe. Il y a les Chaldéens, les Maronites, les catholiques, les orthodoxes… Ces communautés se connaissent-elles et y a-t-il des divisions?

Lorsqu’on leur demande s’ils sont catholiques ou orthodoxes, ils répondent tous qu’ils sont chrétiens. C’est important de bien le souligner.
Au-delà de cette réponse, ils savent bien dans quelle Église ils se trouvent, chaldéenne, melchite ou copte, mais il n’y a pas vraiment de querelle entre elles.
J’ai en tête l’exemple d’une amie syriaque catholique. Son mari est copte et leur fille est melchite. Il n’y a aucun souci de séparation.
Pendant la guerre, notamment en Syrie, tous les chrétiens se sont rassemblés pour s’aider, quelle que soit leur Église. Il était vraiment important pour eux d’être entre chrétiens.
Aujourd’hui, les gens aident davantage leur Église d’appartenance parce que c’est la reconstruction. Même si on ne peut pas parler de querelles, il y a toutefois une vraie différence entre les Grecs orthodoxes et les melchites. Néanmoins, lors d’un colloque en 2015, les deux patriarches syriaques, catholique et orthodoxe, étaient présents et ont parlé de l’unité de l’Église.

Est-ce que les différences ne reposeraient pas davantage sur des questions d’identité ethnique et culturelle que sur de vrais sujets de fond théologiques ?

La division entre les Églises n’a jamais été religieuse ou théologique, mais plutôt politique ou culturelle. Lorsqu’en Iran, au IVe siècle, les chrétiens ont dû couper les liens avec Rome, ils se sont rapprochés du nestorianisme. Les communautés se sont ainsi un peu séparées et de nouvelles Églises se sont créées. Mais la différence est davantage culturelle et politique que théologique.

Suite aux nombreux épisodes de guerre, pensez-vous que l’avenir des chrétiens d’Orient est encore en Orient ?

Si l’Église en Orient disparaît, ce sera aussi la fin de l’Église en Occident. Nous avons besoin des deux poumons de l’Église dont je parlais tout à l’heure. Il ne faut surtout pas que cette Église disparaisse.
Les Orientaux sont conscients de cela. Le « ne nous oubliez pas » est là aussi pour nous rappeler que notre avenir est aussi en Orient. Ils sont vraiment attachés à leur terre. Il est important pour eux de garder cette foi et de rester chez eux. Ils se battront jusqu’à la dernière goutte de sang s’il le faut. Ils ont cet espoir même s’ils sont fatigués de ces guerres incessantes.
Malheureusement, c’est une véritable bataille. Les islamistes sont importants et la communauté internationale a aussi un poids non négligeable dans cette région.
Il faut vraiment se battre pour qu’ils puissent rester. Eux nous disent en tout cas qu’ils veulent rester dans leur pays.

Pour conclure, les chrétientés orientales n’ont-elles un avenir qu’en Orient ?

Ils ont un avenir en Orient et ils doivent garder cet avenir.
Nous trouvons toutefois des Orientaux chrétiens en France. Il faut se réjouir s’ils souhaitent rentrer dans leur pays, mais on peut aussi comprendre qu’après avoir fait face à l’État islamique et après avoir vu leur maison détruite, ils souhaitent rester. Dans ce cas, il faut évidemment qu’ils s’intéressent et s’intègrent aux pays qui les accueillent, mais il faut aussi qu’ils puissent préserver leur trésor. Pour cela, il faut qu’ils puissent continuer à pratiquer et à prier dans leur rite et avec leur liturgie. Leur culture et leur liturgie sont très différentes et sont très importantes pour l’Église.

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