Editoriaux - International - 16 octobre 2018

Élections bavaroises : le conservatisme réaffirmé !

Les élections bavaroises sont riches d’enseignements si on veut bien se libérer des commentaires superficiels des grands médias. C’est ainsi que France 24, l’un des principaux outils de désinformation orientée du prétendu service public, commente les résultats en disant que la stratégie de la CSU a été désavouée par les électeurs, dont une partie, soit 180.000 électeurs, aurait voté pour l’AfD, et un nombre équivalent pour les Verts. Il s’agit, bien sûr, de suggérer que le durcissement de la CSU en matière d’immigration explique sa défaite. C’est l’exportation outre-Rhin de la dénonciation de la « lepénisation » des esprits qui est le leitmotiv de nos médias pour empêcher la droite d’être à droite sous prétexte qu’elle se rapprocherait de l’extrême droite. L’examen des suffrages conduit à une interprétation très différente.

C’est la majorité fédérale qui a été désavouée : dans leur fief, les conservateurs de la CSU perdent 590.000 votes, mais c’est leur allié à Berlin, le SPD, qui subit un véritable effondrement en passant de 20 % à moins de 10 %. Vers qui se sont tournés les électeurs ?
À droite, les autres partis ont tous progressé, les Électeurs Libres (FW), dissidents de la CSU, plus conservateurs, ont gagné 508.000 suffrages, les Libéraux (FDP), qui ont déjà gouverné avec la CSU, reviennent au Parlement. Enfin, le parti réputé d’extrême droite entre au Maximilianeum . Il est fort probable que beaucoup d’électeurs « de droite », hostiles à la politique migratoire, se sont tournés vers l’AfD, mais aussi vers les Freie Wähler (FW) ou le FDP.

La CSU subit un échec mais demeure, de loin, le parti le plus puissant. Elle pourra constituer une majorité de droite anti-immigrationniste sans difficulté, et sans l’AfD. En étant ferme sur la question des migrants, mais en excluant toute alliance avec l’AfD, dans un contexte allemand que l’Histoire rend très spécifique, la CSU a limité la casse. L’idée que ses électeurs aient pu être révulsés par un positionnement trop droitier qui aurait conduit un grand nombre d’entre eux à voter écologiste n’est nullement justifiée par les chiffres.

On peut, bien sûr, voir dans cette montée des écologistes et des nationalistes le duel de deux peurs, celle du réchauffement climatique et celle de l’immigration.

Si l’écologie, assez modérée en Allemagne, occupe dans le pays une place honorable, elle n’est pas plus capable que dans les autres pays d’identifier sérieusement les vrais risques et, moins encore, de les réduire. La première grande erreur de Mme Merkel a consisté à fermer les centrales nucléaires très rapidement en raison du danger d’un tsunami bien improbable outre-Rhin et à compenser leur fermeture par la relance du charbon et, donc, de la production de gaz carbonique (CO2), supposé la cause du réchauffement climatique.

Le remplacement du peuple allemand est un péril beaucoup plus imminent qu’il est plus facile de conjurer en limitant le plus possible l’immigration. Comme dans tous les pays du continent, ce n’est pas le nationalisme qui explique la montée du populisme opposé à l’immigration et au multiculturalisme, c’est le conservatisme, c’est-à-dire la légitime défense d’un peuple pour protéger sa culture et son style, en un mot son identité. En raison, précisément, de cette identité, en grande partie fruit de l’Histoire, les pays réagissent différemment. Les Polonais ou les Hongrois n’ont aucun complexe pour affirmer le désir de la protéger. Les Autrichiens en ont moins que les Allemands ou les Suédois. Le conservatisme régional traditionnel des Bavarois s’est exprimé en donnant une large majorité aux partis de droite.

Les affrontements à venir, lors des élections européennes, opposeront donc non les nationalistes et les progressistes, comme l’a dit Macron. Les grands partis de droite doivent se libérer résolument de toute mauvaise conscience et être vraiment conservateurs. Le prétendu nationalisme n’est qu’un des aspects du conservatisme. La coalition CDU-SPD est un contresens auquel il faut mettre fin.

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