Éducation

Éducation nationale : la perspective du vide

Enseignant
 

Chaque polémique sur l’école est pain bénit pour les commentateurs avisés, et les lecteurs, tous concernés, parents ou grands-parents, ne manquent pas une miette de ce qui les concerne au premier chef : l’avenir de leurs enfants. Arrivé à la énième empoignade sur les programmes du collège, il faut remettre de la perspective et se souvenir du rapport sur « la dimension arabo-musulmane de l’histoire de France » remis en 2013 à Jean-Marc Ayrault et classé apparemment sans suite. Finalement, ce sera un module obligatoire sur l’histoire de l’islam, les broyeurs du ministère n’ont pas entièrement digéré le rapport.

Puis l’ABCD de l’égalité, associé à la théorie du genre. En fouillant dans les tréfonds du Web, on trouve, à deux années de distance, les mêmes intervenants, dont une future ministre, en parler savamment ou carrément nier son existence, alors même qu’elle fait l’arrière-plan d’un débat au Parlement européen sous le nom de rapport Lunacek, adopté en février 2014 et incitant les États à réfléchir sur le genre et le transgenre. Heureusement, les parents d’élèves ne sont pas plus que ça mobilisés sur ce qui se passe à Bruxelles.

Puis l’accompagnement des sorties scolaires par des femmes voilées, au nom (c’est un comble) de la laïcité. Mais encore, une polémique sur la suppression des notes jugées stigmatisantes, où finalement le ministère a reculé. La question de l’autorité, récurrente, pose toujours problème, dans la mesure où les responsables d’établissements et les professeurs n’en disposent d’aucune forme. Tout le système est basé sur le bon vouloir des élèves, et des intervenants avisés (comme Brighelli) n’ont pas manqué de souligner toute la difficulté actuelle à obtenir les banales conditions d’un enseignement à peu près fiable.

Toujours pas à une contradiction près, pour cette école, privée peu à peu de contenus, interdite dans son autorité, contrainte de s’en remettre à la personnalité d’un enfant conçu comme le centre du système et enchaînant les contre-performances dans les enquêtes européennes, on envisage de faire réparer les dégâts par les militaires. Et les porte-parole de mettre en avant la rigueur, l’uniforme et la discipline attendus de la grande muette, ces trois ingrédients indispensables au travail que l’on refuse à l’école et aux professeurs.

En passant, on se souviendra que les premiers essais de faire prendre en charge l’incurie organisée de l’école par les militaires datent de 1986 et avaient été jugés peu probants par un très officiel rapport. Ces atteintes à l’école discutées chaque fois au coup par coup ne débouchent, hélas, que sur des polémiques sporadiques. Mais mises en perspective, elles désignent clairement deux constantes, l’une en faveur de l’avancée progressive de l’islam dans le milieu scolaire, l’autre vers un appauvrissement organisé des contenus, méthodes et principes, ceci malgré des dénégations bien trop matraquées pour être honnêtes. À la fin de l’histoire, le business du savoir devrait intégrer le CAC 40…

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