Éducation nationale : Macron choisit la compétence

 

La rumeur courait que Corinne Lepage pourrait devenir ministre de l’Éducation nationale. Elle-même y croyait qui, ce matin, dans « Bourdin Direct », déclarait : « L’Éducation nationale serait un très beau ministère, et ça m’intéresserait énormément. » Sa nomination eût sans doute été la récompense de son ralliement à Emmanuel Macron, mais aussi la preuve que l’Éducation ne serait pas un secteur important de la politique gouvernementale.

Ceux qui s’intéressent de près à l’enseignement ont pu remarquer qu’un homme, sans se mettre en avant et sans attirer l’attention des médias, prenait, depuis plusieurs mois, avant même que Macron ne se déclarât, position sur ce qu’il conviendrait de faire pour redresser l’Éducation nationale. Il avait d’ailleurs publié un ouvrage intitulé L’École de demain.

Cet homme, c’est Jean-Michel Blanquer, qui présente un profil compatible avec le nouveau président de la République et la fonction de ministre de l’Éducation nationale. Cet agrégé de droit public, docteur en droit, qui possède une maîtrise de philosophie et le diplôme de Sciences Po, a été directeur du cabinet de Gilles de Robien, en 2006, puis recteur de l’académie de Créteil, où il avait bonne réputation, notamment dans la gestion des personnels. Devenu, en 2010, directeur général de l’enseignement scolaire, il a pris, en juillet 2013, la tête de l’ESSEC, développant son rayonnement international, implantant des campus à l’étranger.

Force est de reconnaître, quoi qu’on pense par ailleurs d’Emmanuel Macron et de ses orientations politiques, qu’il aurait pu faire un bien plus mauvais choix. Au moins dans ce domaine – ce n’est pas le cas pour tous les autres ministres –, il a choisi la compétence.

Reste à savoir si, devenu ministre, cet homme d’expérience aura assez d’autorité pour imposer des mesures de bon sens à une machine gigantesque où l’on a pris de mauvaises habitudes.

Tout au moins n’aura-t-il pas le sectarisme idéologique d’une Najat Vallaud-Belkacem, qui a accentué la crise de l’enseignement. L’on peut espérer qu’il s’attachera à rendre concrètes les intentions très vagues qu’avait exprimées le candidat Macron : donner la priorité au primaire et à l’acquisition des fondamentaux, diviser par deux les effectifs dans les zones d’éducation prioritaire, rétablir la possibilité des classes bilangues et des sections européennes, instituer un véritable enseignement du latin et du grec, moderniser le baccalauréat.

Car il ne suffit pas d’afficher de bonnes intentions : il faut ensuite les mettre en pratique. Où ira-t-on chercher les professeurs des écoles pour dédoubler les classes – ce qui signifie aussi en construire de nouvelles ? Les établissements auront-ils les moyens horaires suffisants pour remédier aux manques résultant de la néfaste réforme du collège ? Et à quoi bon moderniser le bac si l’évaluation de l’examen n’est pas plus exigeante ?

Quant à l’autonomie des établissements, tarte à la crème du libéralisme, il faut s’interroger sérieusement sur sa compatibilité avec l’égalité d’accès au savoir.

L’avenir nous dira si le nouveau ministre de l’Éducation nationale prend à bras-le-corps tous ces problèmes pour les résoudre ou s’il subit la lourdeur d’un ministère qui tourne à vide, incapable de concevoir une instruction publique adaptée au XXIe siècle.

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