Édouard Philippe déjà jugé à ses œuvres… littéraires

Etudiant en Histoire
 

Édouard Philippe : cet énarque, avocat d’affaires et ancien député-maire du Havre, présidera donc le 40e gouvernement de la Ve République. Jusque-là peu connu du grand public, il se voit à présent disséqué sur le gril médiatique de journalistes qui, pour satisfaire la curiosité de lecteurs désœuvrés, vont jusqu’à fouiller dans les poubelles de personnalités en voie d’ascension dans l’espoir jubilatoire d’y trouver quelque scandale… Misère du journalisme moderne.

Abreuvés par le flot incessant d’articles sur sa barbe, ses talents d’imitateur, son penchant pour la boxe et la bière, nous découvrons que – ô surprise ! – Édouard Philippe est en fait un homme comme les autres.

Outre ses nombreux loisirs, le Premier ministre est également écrivain, coauteur de deux romans écrits en 2007 et 2011. Ce qui n’a rien d’un scoop : sa passion littéraire n’était un secret pour personne, lui-même ayant toujours assumé la paternité de ses livres.

Son dernier roman, Dans l’ombre (J.-C. Lattès, 2011), est un thriller politique où le réel se mêle au cruel : manœuvres politiciennes en période électorale, trahisons, ambition et, bien sûr, sexe. Le personnage principal, jeune conseiller aussi talentueux qu’ambitieux, est un séducteur portant un regard « un brin rétrograde sur les femmes », dixit L’Express, qui s’est alarmé des « pensées érotico-machistes » de l’auteur. Quelques passages glanés en guise de preuve : « Une vraie poitrine, c’est rond, c’est confortable », déclare, entre autres, le narrateur du roman, aussi machiste qu’un Rubens. « Les femmes ne peuvent pas avoir envie de nous utiliser simplement pour une nuit, elles ne sont pas comme ça », peut-on également y lire.

Des réflexions « grossièrement misogynes » pour le site Konbini France et « rétrogrades » pour L’Express, qui conclut sur un ton quasi accusatoire : « À charge pour lui de convaincre que le monologue intérieur de son personnage ne reflète pas sa propre perception des relations homme-femme. » Libération (où l’intéressé tenait une chronique jusqu’au 3 mai) l’a, en revanche, défendu, arguant de manière peu originale qu’il n’est pas bon de « confondre l’homme et l’œuvre », tout en se demandant prudemment si ces réflexions machistes sont de l’autodérision et si sa politique sera conforme à ses engagements pour l’égalité homme-femme.

22 cisgenres (11 hommes et 11 femmes), telle est la composition du gouvernement formé par Édouard Philippe ; ce qui ne semble guère apaiser les thuriféraires du féminisme. Ainsi, l’inénarrable Ruth Elkrief déplore que la condition féminine ne dispose que d’un secrétariat d’État au lieu d’un ministère. D’autres dénoncent le « cantonnement » des femmes aux ministères sociaux. En effet, aucun portefeuille régalien n’est échu à une femme, à la notable exception de Sylvie Goulard, nommée ministre des Armées sans la moindre expérience militaire.

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