Écriture inclusive et autres fadaises : on achève bien les enfants…

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Chaque année, nos élites pleurnichent devant la honteuse déconfiture qui afflige la France aux classements PISA : 26e place des pays de l’OCDE dans les matières scientifiques en 2017. Ayant entendu ce matin (France Info) un patron de PME expliquer qu’il ne voulait plus prendre de jeunes en alternance car « l’enseignement qu’on leur dispense n’est absolument plus adapté à la vie des entreprises », et « vous comprenez, Monsieur, ils sortent tous leur calculette quand il faut diviser 100 par 10 », on se dit que ça ne va pas s’arranger…

Oublions donc les sciences sans conscience qui nous ruinent l’âme et passons aux lettres.

Ah, la France, pays de culture et de littérature ! Pensez : deux fois l’an, 600 romans arrivent sur le marché. On s’écharpe pour les prix littéraires, le Goncourt fera des petits sous le sapin de Noël… et revendu le lendemain sur Leboncoin. Même pas ouvert. Dans ce pays de boulimie livresque, on trouve néanmoins 7 % d’illettrés dans la population adulte, des gens ayant été scolarisés en France, soit 2.500.000 personnes en métropole. Et pour ceux qui penseraient qu’il s’agit majoritairement d’étrangers, il faut savoir que 71 % de ces personnes parlaient le français à la maison dans leur petite enfance. Enfin, pour parfaire ce tableau idyllique, les statistiques de l’Éducation nationale nous apprennent que le taux d’enfants éprouvant de grandes difficultés de lecture à l’entrée en sixième ne cesse de croître. Précision : « La dégradation ne concerne pas les mécanismes de base de la lecture mais les compétences langagières, en particulier le vocabulaire et l’orthographe. »

Une fois ce tableau brossé, voyons la dernière fumisterie qu’on veut nous imposer au nom de l’égalité et de la lutte contre le sexisme. J’ai nommé « l’écriture inclusive » (dont je ne vois d’ailleurs pas pourquoi ses promoteurs, en vertu des principes qu’ils défendent, ne l’écrivent pas « écriture inclusi·ve » !).

La chose a déjà fait du bruit au printemps lorsque l’éditeur de livres scolaires Hatier, encouragé par le Haut Conseil à l’égalité bla-bla-bla (HCEFH), a rédigé un manuel en ce sens à l’intention des CE2. Des enfants de huit ans qui, pour une grande majorité, en sont encore à ânonner des textes sans en comprendre le sens. Mais qu’importe puisque le but est ailleurs. Le but, c’est extirper de notre langue ses odieux relents de sexisme en éradiquant enfin « la primauté du masculin sur le féminin ». Ainsi, dans son ouvrage intitulé Questionner le monde, la maison Hatier écrit que « grâce aux agriculteur·rice·s, aux artisan·e·s et aux commerçant·e·s, la Gaule était un pays riche ». (Pourquoi la Gaule et pas le Gaule, d’ailleurs ?)

Demain, donc, votre enfant pourrait rentrer de l’école de la République avec cette poésie :
Maître·sse corbeau, sur un·e arbre perché·e
Tenait en son bec un fromage.
Maître·sse renard·e, par l’odeur alléché·e
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur/Madame du Corbeau
Que vous êtes joli·e, que vous me semblez beau·elle
Etc.

Devant une telle ineptie, des voix de bon sens se sont élevées (Raphaël Enthoven, Alain Finkielkraut, etc.), aussitôt accusées d’être l’écho de la fachosphère ennemie du progressisme transgenre.

On se disait quand même qu’une telle connerie (qu’on me pardonne) serait sans lendemain, mais c’était sans compter le zèle de nos nouvelles ministres. Et voici que, ce mercredi, le ministère du Travail recommande très officiellement, dans un guide à destination des PME et TPE, d’« employer l’écriture inclusive afin de lutter contre les discriminations et les inégalités entre les hommes et les femmes ».

Magnifique ! Comme dit M. Haddad, le génial inventeur de cette farce : « Une personne transgenre ou intersexe qui se considère de genre fluide (sic) peut ainsi écrire “Je suis content·e” sans avoir à se positionner comme “homme” ou “femme”. »

Et c’est pour ça qu’on massacre nos gosses…

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