Cinéma - Culture - DVD/BluRay - Editoriaux - 9 août 2018

DVD : Le Dernier Face-à-face, de Sergio Sollima. Le western qui guérit de la tentation totalitaire !

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Dans le western italien et/ou européen – seuls les béotiens parlent de « western spaghetti » –, on connaît surtout le grand Sergio Leone, tandis que deux autres Sergio ont trop longtemps été négligés : Corbucci et Sollima. Le premier est connu pour son Django, refait à la truelle par le tâcheron Quentin Tarentino ; lequel, Dieu merci, n’a pas encore de projet de remake du Grand Silence, autre sublime western enneigé de Sergio Corbucci, avec… Jean-Louis Trintignant dans le premier rôle. Il n’y dit pas un traître mot, d’où le titre. Le second, probablement le plus méconnu du trio, c’est Sergio Sollima, dont on réédite aujourd’hui, en version longue et toilettée de près, l’indémodable chef-d’œuvre : Le Dernier Face-à-face.

À gauche, Gian-Maria Volonté, professeur humaniste tout imprégné de culture progressiste. À droite, Tomás Milián, petit voyou de grand chemin. À l’occasion de son évasion, le second prend le premier en otage, ce qui permet au premier de faire l’éducation politique du second. Ainsi lui apprend-t-il que la violence ne résout rien et que tuer son prochain, ce n’est pas bien. Le bandido acquiesce, sans trop bien comprendre. Logique, il est né pauvre. Et comme il n’a rien, il prend un peu de superflu aux autres, mieux lotis à la naissance ; ce qui n’est pas bien non plus, lui assure son mentor du moment, évidemment plus riche que lui.

Comme Le Dernier Face-à-face est sorti en 1967, les rares critiques « officiels » ayant osé se déchoir à commenter un film « populaire » y ont vu un pamphlet de gauche. Est-ce si vrai ? La personnalité de Sergio Sollima peut effectivement prêter à confusion, l’homme ayant été maquisard antifasciste durant la Seconde Guerre mondiale. Sauf que, voilà, il s’agissait d’un réseau n’acceptant que les communistes et… les catholiques de conviction ; sainte alliance de Peppone et de Don Camillo, en quelque sorte. Une confusion politique qu’amplifie la suite de ce film à la grâce esthétique évidente, mais au fond philosophique déjà plus déroutant.

En effet, ce « face-à-face » bascule quand l’intellectuel pacifiste explique au plouc belliqueux qu’un homme qui tue n’est qu’un bandit. Mais que cent hommes qui tuent, c’est une bande. Que mille hommes qui tuent, c’est une armée. Que cent mille hommes qui tuent, ça écrit l’Histoire… Bref, que le crime de masse étatique est révolutionnaire ; donc par avance absous. Les critiques plus haut évoqués n’ont évidemment rien compris à cette dialectique qui allait alors à l’encontre de la leur. Ils n’avaient pas dû lire Trotski dans le texte et en entier.

Et dire qu’il aura fallu plus de quarante ans pour que le « message » de ce film soit enfin interprété à la façon dont l’entendait, à l’époque, son auteur ; soit une « fable », pour reprendre ses propres termes. Dans les suppléments de cette somptueuse réédition, où sont incluses près de vingt minutes de scènes inédites, Jean-François Giré 1, historien de ce même western européen, rappelle brillamment que Sergio Sollima, loin d’être de gauche ou de droite, n’était finalement qu’une sorte d’anarchiste. Anarchiste conservateur, serions-nous tenté d’ajouter.

Pour ceux de nos lecteurs qui seraient moins sensibles à ce type de considérations métapolitiques, on conclura en affirmant que Le Dernier Face-à-face demeure l’un des westerns les plus magistraux et les plus profonds jamais tournés depuis au moins – excusez du peu – le Rio Bravo d’Howard Hawks. Grâce lui est aujourd’hui rendue en un magnifique écrin, assorti d’un superbe livre, signé Alain Petit, autre éminent spécialiste du genre. Cinéphiles, ne surtout pas s’abstenir.

Notes:

  1. À l’occasion de « Nos chers vivants », émission naguère présentée par notre collaborateur Arnaud Guyot-Jeannin, sur TV Libertés, l’auteur de ces lignes a eu l’occasion de longuement discourir des implications politiques du western italien et du western « zapatiste », son épigone le plus « révolutionnaire », avec le même Jean-François Giré. Inutile de préciser que ce fut un plaisir.
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Bref, on pouvait ou non goûter le personnage ; quoique, fondamentalement, il ne dérangeait…