Editoriaux - Société - 9 octobre 2012

Du mariage rose

Ne l’oublions pas : il n’y a pas si longtemps, en France même, si l’homosexualité entre adultes consentants n’était plus depuis belle lurette condamnée par les tribunaux ni les homosexuels brûlés sur la place publique, elle n’en était pas moins, en dehors de certains milieux bien particuliers, tels que la couture, la coiffure, le spectacle ou l’édition, l’objet largement partagé de la raillerie, de l’animosité, voire de la réprobation générales.

N’oublions pas ce qu’il a fallu de courage moral et social aux adeptes de cet amour qui n’osait pas dire son nom pour sortir de la clandestinité et affirmer au grand soleil leur droit de vivre suivant leur goût et leur sensibilité.

N’oublions pas d’où nous venons et où en sont encore, de ce point de vue-là, certains pays dont il est mal vu de dire qu’ils ne sont pas encore parvenus au stade le plus évolué de la civilisation.

Ce que demandaient les homosexuels il y a encore trente ans, ce qu’ils ont obtenu, c’est de voir leur différence acceptée par la société. Il en a naturellement découlé, il y a douze ans, qu’il leur a été accordé, comme aux hétérosexuels, le droit de former, eux aussi, des couples reconnus par la loi, avec les conséquences juridiques qui en résultent. L’homérique bataille de 1998 est loin derrière nous et le PACS, entré dans les mœurs, concerne plus de couples mixtes que de couples du même sexe.

A l’époque, les partisans homosexuels de cette innovation avaient d’ailleurs juré leurs grands dieux qu’ils s’en tiendraient là et il semblait acquis que cette étape ultime marquait le triomphe et la fin de leur combat pour l’égalité. C’était ignorer l’activisme de groupes militants qui prétendent, sans que rien les y autorise, représenter leur « communauté ».

Ils nous ont d’abord offert le spectacle porno-carnavalesque de la Gay Pride — cette exhibition annuelle d’une « fierté homosexuelle » dont on ne voit pas ce qui la justifie, à moins peut-être d’en inférer qu’il y a des choix sexuels qui sont plus honorables que d’autres et que l’hétérosexualité n’a plus qu’à bien se cacher.

La majorité de gauche issue des dernières élections s’apprête aujourd’hui à satisfaire dans les meilleurs délais une revendication militante dont rien ne prouve non plus qu’elle corresponde au vœu de la majorité des homosexuels et donc à faire entrer dans la loi cette grossière et pénible parodie du mariage que serait le mariage rose.

Qu’est-ce donc que le mariage, depuis quelque trois mille ans qu’il existe en Occident ?

La traduction institutionnelle d’une réalité biologique constitutive de l’espèce, au moins de sa perpétuation.

Ce pacte, à l’origine signé sous la pression, est aujourd’hui en général librement consenti et placé sous le signe de l’amour. C’est une heureuse évolution de nos mœurs. Mais, plus fondamentalement, le contrat qui scelle l’union d’un homme et d’une femme a pour raison d’être, pour finalité et le plus souvent pour conséquence la fondation d’une famille.

Sans vouloir faire injure à l’amour homosexuel, force est de constater que celui-ci, qu’il unisse deux hommes ou deux femmes, est par nature stérile. Cette caractéristique, qui n’est pas négligeable, fait la différence et la spécificité de l’hétéro et de l’homosexualité.

Faut-il d’ailleurs rappeler que, malgré l’ouverture d’esprit et la liberté de mœurs bien plus grandes à Athènes ou à Rome que chez nous, le principe même du mariage homosexuel fut constamment et totalement rejeté, que les noces scandaleuses de Néron et de son favori Sporus ne contribuèrent pas pour peu à sa chute, et que, si amoureux, et publiquement, qu’il pût être de son bel Antinoüs, l’empereur Hadrien n’envisagea jamais rien de semblable ?

Le désir d’enfant, sincère, compréhensible et bien sympathique (quel jouet, quel animal de compagnie serait plus attachant ?) qu’affichent nombre de couples « gays » ou lesbiens, ne saurait masquer ni nous faire oublier qu’il ne peut y être donné satisfaction que par des moyens — adoption ou « procréation assistée » — qui ignorent ou contournent les procédés et les procédures naturels.

Dans la meilleure hypothèse, l’enfant qui vient à ce foyer ne sera jamais celui de ses deux parents. Il est d’ailleurs plaisant de noter que toute une propagande s’évertue à nous persuader que bien des enfants de couples « normaux » ne sont pas heureux au sein de leur famille. C’est parfaitement exact, mais croit-on vraiment que les enfants affublés, ou affligés, de deux « papas » ou de deux « mamans » dont l’un des deux n’est ni son père ni sa mère en seront mieux équilibrés ? Allez demander leur avis sur la question aux enfants nés sous X… Il est également curieux que la demande homosexuelle de mariage se fasse jour, et de façon si pressante, au moment où le mariage tend à ne plus être la norme des couples hétérosexuels.

Dans la vie, enfin, il faut choisir : si l’on a choisi d’être différent, ce n’est pas pour être comme les autres, si l’on est autre, ce n’est pas pour jouer au même.

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