Editoriaux - Education - 12 février 2019

Drapeau et « Marseillaise » à l’école : allons z’enfants de la patrie ?

À l’annonce de la nouvelle, on se dit « Tiens, bonne idée ! » La nouvelle ? Les députés, dans la nuit de lundi à mardi, ont voté un amendement au projet de loi de Jean-Michel Blanquer sur « l’école de la confiance » pour rendre obligatoires le drapeau tricolore ainsi que les paroles de l’hymne national dans les salles de classe des établissements du premier et second degré, publics, sous contrat et privés. Mais, comme disait Talleyrand, « il faut toujours se méfier de son premier mouvement, c’est le bon ». En français d’aujourd’hui : ne nous emballons pas trop vite car le diable, boiteux ou pas, est toujours dans les détails qui, au final, n’en sont pas.

« La Marseillaise » à l’école : une vieille histoire. Tellement vieille que je ne me souviens pas l’avoir apprise à l’école de la République où j’allais autrefois, du temps des pères de Gaulle et Pompidou ! Et dans mon collège militaire des années Giscard, à mon grand étonnement à l’époque, on ne nous l’apprenait pas et on la chantait encore moins au lever des couleurs. Avons-nous été de moins bons patriotes pour autant ? Je n’en suis pas certain, lorsque j’examine mes photos de classe de l’époque et que je compte mes copains de classe de terminale qui ont embrassé la carrière militaire.

Cela dit, on apprendrait aux enfants à chanter « La Marseillaise » à l’école, cela nous éviterait peut-être les pénibles séances d’ânonnement de notre hymne lorsque des politiques s’essayent à l’exercice à l’occasion d’un meeting. Ne parlons pas du supplice infligé à qui n’est pas sourd, lors des rencontres internationales sportives. À croire que « La Marseillaise » a été écrite pour les soirées de beuverie quand le « God Save » nous invite à la prière. Avant d’apprendre à chanter « La Marseillaise », il s’agirait d’abord d’apprendre à chanter tout court. Et ça, c’est une autre chanson : n’est pas mademoiselle Lelonbec qui veut !

Au début de son ministère, en 2017, Jean-Michel Blanquer, interrogé par David Pujadas sur LCI, estimait que, sans en faire un exercice quotidien, il y avait des moments, à l’occasion des fêtes nationales par exemple, où il était important que les enfants chantent l’hymne national, et que le CM1 était le bon niveau pour en faire l’apprentissage. La pratique quotidienne lui paraissait exagérée. Pas faux pour éviter de tomber dans le travers « Allons z’enfants », bien décrit dans le roman d’Yves Gibeau, adapté au cinéma par Yves Boisset en 1981.

Mais, pour revenir à cet amendement – une initiative du député LR Éric Ciotti -, examiné en pleine nuit par les quelques députés noctambules présents, il n’est pas question de chanter mais d’afficher. Afficher « La Marseillaise » et arborer le drapeau tricolore dans chaque classe. Pourquoi pas. Mais c’est alors que le « diable » fait son entrée. D’accord pour le drapeau tricolore, mais alors pavoisons aussi nos classes avec le drapeau européen ! On se disait, aussi… Une façon de faire entrer par la fenêtre de nos écoles ce que les Français rejetèrent par la grande porte référendaire en 2005. Mais rappelons cependant qu’en octobre 2017, Emmanuel Macron décida seul de signer l’article 52 annexé au traité de Lisbonne, reconnaissant ainsi officiellement le drapeau européen et l’Ode à la joie comme hymne européen.

Pour que le tableau soit complet, on pourrait imaginer, aussi, d’afficher le portrait du président de la République et de Jean-Claude Juncker dans chaque classe, justement au-dessus de ce tableau noir qui ne l’est plus depuis longtemps. Rien de mieux qu’une République et une Union incarnées dans des personnages charismatiques. Mais pourquoi, me direz-vous, tant de mauvais esprit qui, soit dit en passant, donne de l’eau au moulin de tous ces gauchistes qui hurlent au loup à l’annonce de cette proposition ? Ne s’agit-il pas là d’un moyen pour faire de nos enfants de bons citoyens ? De bons Français serait mieux encore.

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