Editoriaux - Histoire - Livres - Table - 31 août 2017

Douce France : dans Paris au mois d’août

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Tout au long du mois d’août, Boulevard Voltaire vous a emmenés, grâce à ses contributeurs, ses lecteurs, visiter nos régions. Un petit tour de France qui s’achève aujourd’hui à Paris… comme le Tour de France cycliste !

« Douce France, cher pays de mon enfance… »

S’inscrire dans cette série d’été de Boulevard Voltaire est au fond un défi. C’en est un pour moi, en tout cas. Le pays de mon enfance est la Sologne, terre de landes, de brumes et d’étangs ; un pays de braconniers et de rebouteux chanté par Maurice Genevoix et Alain-Fournier, pays que je chéris toujours autant même si, comme je l’ai écrit ici, un quart de la ville où je suis née est désormais devenu turc…

Ma ville aujourd’hui, celle où je vis depuis quarante ans, c’est Paris. Paris que j’aime malgré tout ce que je lui reproche, justement parce que je l’aime sans doute…

« Douce France, cher pays de mon enfance… »
« Il revient à ma mémoire des souvenirs familiers », chantait Trenet.

C’est vrai, je regarde toujours Paris avec mes yeux d’enfant, quand, quelques fois par an, autour de mes huit ans, débarquant au petit matin à la gare d’Austerlitz encore ensommeillée (on prenait le train de 5 heures), notre père nous emmenait à la découverte de « la capitale ». On trottinait en traversant le Jardin des Plantes, on suivait la Seine direction Notre-Dame, guettant le chevet et les flèches au-dessus du fleuve. Je me souviens de cette bouffée de bonheur qui me saisissait : « Alors ça existe, pour de vrai ! »

Il y eut de grands chocs, comme ça, dans ma vie d’enfant.

Ainsi, je n’oublierai jamais la première visite au Louvre où, suffoquée, je suis tombée en arrêt devant Le Radeau de la Méduse et Le Sacre de Napoléon, immenses tableaux sur lesquels j’avais rêvé, feuilletant les livres d’histoire et les « beaux livres » que Monsieur le Maire nous remettait à la distribution des prix.

Paris, en ce temps, était noir de ses façades crasseuses, j’avais peur des clochards, mais je suis tombée amoureuse de cette ville, de sa lumière poudrée, de son histoire, de ses monuments qui venaient combler les besoins de mon imaginaire et même offrir un décor concret à mes lectures. Enfant, je dévorais les livres et le premier que j’ai fait durer parce que je ne pouvais me résoudre à le terminer fut Notre-Dame de Paris. Imaginez, alors, mon bonheur lorsque, pour la première fois, j’ai levé ma petite tête depuis le parvis de la cathédrale.

Plus tard, étudiante à la Sorbonne, j’ai habité en haut du boulevard Saint-Michel, en face du Luxembourg. Jardin merveilleux que je me rappelle avoir traversé un matin d’hiver, totalement hors du temps, première à faire craquer mes pas dans un épais manteau neigeux qui avait plongé la ville dans le silence. Un tapis blanc qui luisait dans la nuit, faisant monter du sol une lumière laiteuse d’où les arbres alignés sortaient en rang par deux. J’allais rejoindre l’Institut d’art et d’archéologie, cette grande bâtisse de briques rouges au style vaguement mauresque qui s’élève avenue de l’Observatoire.

C’est ce Paris que j’aime et que je cherche encore. Le Paris de l’Histoire de France, de nos mémoires, le Paris-patrimoine, « mon » patrimoine.

Parfois, je le retrouve, comme en ce mois d’août.

Il faut choisir son quartier, bien sûr. Fuir comme la peste la tour Eiffel et les Champs-Élysées, hélas oublier le Louvre et ne voir Notre-Dame et « Paris Plages » qu’au petit jour ou à la nuit tombée, quand les foules de touristes et leurs perches à selfies sont rentrés au nid. On peut alors marcher au milieu de la chaussée, prendre les carrefours en diagonale, pousser les portes cochères qu’un sourire, en ces jours d’été, suffit souvent à faire ouvrir.

« Je peux jeter un œil ?
– Même deux si vous voulez… »

Voilà venu le temps de la convivialité.

Je peux me vanter, je crois, de bien connaître ma ville car, depuis quarante ans, je l’arpente en tous sens. Mes pieds me guident. Pas besoin de boussole ni de GPS ni de montre connectée : de mes Buttes-Chaumont, vingt minutes jusqu’à République, quarante jusqu’à l’Hôtel-de-Ville, une petite heure pour Saint-Germain-des-Prés, une heure quinze pour Montparnasse… L’Opéra, la Bastille, les Grands Boulevards… Un coup de fatigue, l’envie de prendre un verre ? Il y a toujours une terrasse colorée et ses chaises en rotin pour se poser. Pour quelques jours encore, elles ont même poussé leurs tables au-delà des trottoirs et posé des lampions dans les arbres. Une soirée douce, un air de musette, l’atelier voisin qui ouvre ses portes… C’est le Paris d’hier !

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