Armées - Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - Sport - 28 août 2017

Douce France : en parcourant la ligne Maginot

Ah, cette douce France qui permet de rattraper celle qui a oublié d’être française ! Je ne veux pas parler des sublimes paysages que le Bon Dieu a créés pour nous être agréable dans notre bien-aimé Hexagone. Non, je veux évoquer aujourd’hui des Français, nés sur la terre déchirée de Lorraine et que j’ai rencontrés lors d’un épisode de vacances dites culturelles.

Cela faisait très longtemps que je m’étais intéressé à ces forteresses souterraines créées entre les deux guerres sur le front de l’Est « au cas où », à l’initiative du ministre de la Guerre de l’époque André Maginot et qui allait donner son nom à la ligne de défense qui s’étendait des Ardennes au Rhin, puis dans les Alpes et même en Corse… Je savais que plusieurs ouvrages avaient été réhabilités au titre de notre mémoire vivante et historique. J’ignorais qu’ils le furent non par l’État mais pas des passionnés d’histoire.

Car passionnés, il faut l’être pour avoir consacré ses loisirs et ses fonds personnels afin de redonner vie à ces énormes blockhaus abandonnés par l’État au bon vouloir de la nature ou des pilleurs. Je vous encourage très vivement à visiter le fort du Hackenberg. Il est ouvert toute l’année à moins de trois heures de Paris. Vous y rencontrerez une poignée d’hommes qui se sont dévoués pour lui conserver non pas sa raison d’être (puisque l’Allemagne n’est plus l’ennemi d’hier) mais pour témoigner de la folie des hommes et de leur formidable envie de se défendre.

Alain, notre guide, nous expliquera pendant trois heures quelle fut la vie de ce millier de soldats pendant la drôle de guerre. Il s’offusque de la contre-vérité historique qui nous a tous appris que la ligne Maginot n’avait servi à rien, et que ses défenseurs se la coulaient douce pendant que les troupes nazies envahissaient le nord de la France à marche forcée. Non, dit-il avec conviction, ce barrage de 53 gros ouvrages d’artillerie, de 152 tourelles à éclipse et de 1.533 cloches blindées, a bien au contraire obligé les armées allemandes à passer par la Belgique. Leur chefs savaient que jamais ils ne franchiraient la ligne Maginot. Et si nos soldats qui défendaient le Hackenberg, par exemple, n’avaient pas reçu l’ordre politique de cesser le combat, ils auraient eu les moyens de résister sans perte au fond de leur forteresse blindée pendant des mois.

Après l’armistice, le fort servi d’usine souterraine aux Allemands et, en 1944, les Américains eurent beaucoup de mal à venir à bout des troupes qui défendaient le Hackenberg. Des centaines d’obus ébréchèrent à peine les 2,50 m de béton armé dont, de l’extérieur, on aperçoit les impacts.

Ouvrage coûteux mais loin d’avoir été inutile, la ligne Maginot reste l’un des chefs-d’œuvre de l’art militaire. Si la ligne avait été prolongée jusqu’à Dunkerque, nul ne peut douter que les troupes allemandes auraient eu beaucoup de mal à envahir le nord de la France à la vitesse de leurs chars.

C’est donc grâce à une association, Amifort, que l’on peut aujourd’hui se rendre compte de la puissance de ce genre d’ouvrages : dix kilomètres de galeries creusées de moins 30 à moins 70 mètres sous la terre de Moselle, parcourues par un petit train chargé de transporter munitions et matériel. Son actuel président Claude Poesy insiste sur le devoir de mémoire et rappelle la célèbre citation de Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Ce qui, dans le cas de la Seconde Guerre mondiale, serait terrible, avec ou sans ligne Maginot, devenue, de toutes façons, inutilisable et musée.

En passant par la Lorraine, tellement française, venez visiter la ligne Maginot.

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