Editoriaux - Politique - 11 février 2019

Donneuse de leçons, la France de Macron fait rire… jaune, certes, mais fait rire

On raconte parfois, au sujet des Alsaciens – pour s’en moquer gentiment -, que leurs ancêtres au temps de la Préhistoire étaient, en fait, des Belges qui avaient voulu émigrer vers les hauts pâturages suisses… Mais noyés dans les brouillards particulièrement denses en cette saison hivernale au passage du col de Saverne, nos braves Australopithèques belges ne trouvèrent jamais leur route vers l’opulente Helvétie et s’établirent entre Vosges et Forêt-Noire, dans la non moins opulente plaine du Rhin, le Ried alsacien, habités par les hommes de Néandertal où l’on baragouinait un vague idiome germanique proche du flamand.

Quelques téméraires, néanmoins, une fois le brouillard alsacien retombé, poussèrent le long du Rhin jusqu’au canton de Bâle, en Helvétie, qu’ils contribuèrent à peupler et à mettre en valeur, sans que jamais – au grand jamais – ne leur vienne à l’idée qu’un jour, leurs lointains descendants seraient sollicités de s’associer au mouvement français des gilets jaunes. Même si ces derniers, en revanche, se réclament ouvertement et sans scrupules de leur héritage, s’inspirant opportunément de leur pratique référendaire – les votations – qui a valu à nos voisins helvétiques de se prononcer plus de trois cents fois depuis la Constitution fédérale de 1848. À chaque votation, les Suisses s’expriment sur différents sujets, comme par exemple, récemment, de renoncer à un SMIC à 3.000 euros ou de rejeter – il est vrai à une faible majorité – l’abolition envisagée de la redevance audiovisuelle.

Et voilà que s’invite dans ce débat notre Macron hexagonal, nouveau prêcheur cathodique patenté de l’ordre de Saint-Emmanuel, venu balayer d’un effet de manche le système démocratique de nos voisins helvétiques : « La France n’est pas la Suisse et la Suisse ne marche pas aussi bien qu’on le pense », a-t-il confié au coin du feu à un journaliste du Point. « Le modèle suisse est inadapté », a-t-il encore ajouté. « La Suisse, c’est 6 millions de personnes… Et d’ailleurs les Suisses, comme disait je ne sais plus qui, ils commencent toujours avec des questions de gauche et ils finissent avec des réponses de droite. » Exactement comme chez nous… CQFD !

Au-delà de cette boutade (au fait, Monsieur le Besserwisser, la Suisse compte huit millions d’habitants et non six), Monsieur le « Je sais tout » donc, c’est décidément devenu une manie publique de vouloir faire la leçon à tout le monde. Après la Suisse, voilà l’Italie dans la ligne de mire de notre grand imprécateur européen. La France moribonde mais se prenant toujours pour la « Grande Nation », comme on nous caricature outre-Rhin, cette France-là n’a rien perdu de sa morgue, la France de Macron fait rire – jaune, certes -, mais fait rire. Comme chanterait Renaud, « être né sous le signe de l’Hexagone, c’est pas c’qu’on fait de mieux en c’moment ».

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