Editoriaux - Société - 5 novembre 2018

Donneurs de sperme : engagez-vous, rengagez-vous !

L’agence de biomédecine* recrute et le fait savoir, par la radio et par le web. Elle use des bonnes grosses ficelles du pathos pour vendre sa marchandise, mettant en avant la « solidarité » du geste et n’hésitant pas à flirter avec la publicité mensongère en affirmant qu’« en France, le don de spermatozoïde est anonyme, gratuit… ». Or, la France serait en effet bien incapable de garantir le moindre anonymat à l’heure où des tests génétiques réalisés par des firmes étrangères permettent à des Français de retrouver leur donneur, comme l’histoire d’Arthur Kermalvezen en témoigne.

Pour satisfaire les besoins de couples homme–femme actuellement en demande d’insémination avec donneur, la France a besoin de 300 dons de sperme par an. Elle couvre actuellement ses besoins, sans plus, mais l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules ou en couple changerait les données du problème. L’Agence de la biomédecine évalue le besoin supplémentaire à 500 donneurs par an, sur la base d’une estimation de 2.000 à 3.000 recours par des couples lesbiens à des inséminations à l’étranger, soit 167 % d’augmentation.

En outre, l’anonymat du don est sur la sellette : même chez les plus progressistes, il en est qui constatent ce besoin essentiel d’un enfant né d’une insémination avec donneur d’accéder à ses origines. Le Conseil consultatif national [qui n’a plus rien] d’éthique a, en septembre, recommandé cette levée d’anonymat, si le donneur y consent.

La perte de cet anonymat, de droit ou de fait, sonnera-t-elle le glas du don de sperme français ?

Si tel est le cas, l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou en couple pourrait bien devenir une Bérézina éthique. Pour satisfaire une demande de spermatozoïdes en hausse avec une offre qui se réduira, l’économie proposera un ajustement par le prix : nul doute que viendra sur le tapis la question de la rémunération du « donneur » devenu vendeur à cette occasion. Ou l’achat dans un pays étranger qui en serait exportateur parce qu’il rémunère le « donneur ». Bref, la marchandisation du patrimoine génétique que l’on transmet au futur. Sic transit l’indisponibilité du corps humain qui fait l’honneur du droit français. Exeunt, aussi, la médecine qui soigne, remplacée par celle qui comble les désirs, ainsi que le refus de l’eugénisme déjà si malmené.

Pourtant, une des bonnes questions qui a émergé des États généraux de la bioéthique portait sur l’insémination avec donneur. N’est-elle pas déjà la transgression de trop, puisque des enfants nés ainsi souffrent de ne pas connaître leurs origines ? Le primum non nocere (en premier ne pas nuire) d’Hippocrate est un principe de précaution à géométrie variable dans notre République.

Mais la fuite en avant progressiste est à l’ordre du jour du gouvernement, avec la seule réponse du marché qui pourvoit à tout pour peu qu’on y mette le prix. Les transgressions sont vendues avec un emballage de bons sentiments sirupeux à souhait. Le plan média de Marc-Olivier Fogiel pour la promotion de la gestation pour autrui ne doit rien au hasard. Les politiques diront, l’air outré, « pas de ça », tout en se servant de cette posture de fermeté pour faire glisser la PMA sans père en douce. C’est la technique éprouvée depuis le PACS ou l’avortement. Reste le discours de raison pour s’opposer à ces publicités pleines de sentiments qui vendent un monde peu soucieux de notre humaine dignité. Reste la rue, et la peur qu’elle engendre chez les gouvernants si le pouvoir s’obstine.

* : agence de l’État en charge de la gestion de greffes, de la procréation médicalement assistée, du diagnostic pré-natal.

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