Thierry Mariani : Donner une majorité écrasante à Macron, c’est lui donner quasiment les pouvoirs absolus !


Député de la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Europe de l'Est, Asie, Pacifique) - Ancien ministre- Président des Chorégies d'Orange depuis 1995

 

Thierry Mariani, à l’instar de beaucoup de députés sortants de sa famille politique, est en danger dans sa circonscription. Il met en garde contre un raz-de-marée qui donnerait « la majorité constitutionnelle » à Emmanuel Macron, lui permettant de changer, avec ses députés, jusqu’à la Constitution. Il prédit, avec cette génération spontanée de politiques, beaucoup de désillusions pour les Français…

Thierry Mariani, vous êtes en danger dans votre circonscription.
Beaucoup d’autres députés sortants de votre famille politique sont par ailleurs également en danger, notamment parce que beaucoup d’électeurs ne sont pas allés voter dimanche dernier.
Quel est votre état d’esprit à la veille de ce second tour énorme après lequel Emmanuel Macron pourrait obtenir une majorité très large ?

On oublie que l’élection présidentielle est un match en quatre temps.
Les deux premiers temps ont été gagnés pas Emmanuel Macron.
Lui donner une majorité écrasante, c’est quasiment lui donner les pouvoirs absolus. S’il y a le ras de marée qu’on nous annonce, il aura même la majorité constitutionnelle. Il pourrait changer la constitution comme il veut avec ses futurs députés.
Deuxièmement, quand on voit la manière dont se comportent certains candidats d’En Marche !, il a de quoi être étonné.
Je croyais qu’il les avait sélectionnés avec une sorte de casting, mais visiblement soit il faisait trop chaud, soit ils avaient un peu abusé du Pastis.

Il y a vraiment des gens qui ont été recrutés, mais qui ne sont absolument pas au niveau.
J’ai presque honte pour le Parlement quand je vais en voir arriver certains.

L’élection n’est pas finie. Elle se déroulera encore dimanche prochain.
Quand il y a très peu de participants, ceux-là comptent double ou triple, car en réalité ils font la décision.
Je veux simplement dire à tout ceux qui pensent qu’en France on a encore besoin d’un débat, qu’on n’a pas encore la nécessité d’une sorte de parti unique, de se déplacer, de voter pour nos candidats.
Il faut certes qu’il y ait une majorité au Parlement, mais une minorité est aussi nécessaire pour faire passer les textes. On retrouvera dans ce cas-là cet équilibre qui est franchement menacé.

On a vu effectivement Emmanuel Macron gagner la Présidentielle alors que ce n’était assez pas prévisible, avoir de très bons résultats au premier tour des législatives et faire obtenir des scores très moyens à des députés très engagés sur le terrain comme vous l’avez été.
Est-ce que vous partagez une certaine amertume qu’on a pu voir chez certains députés par rapport au manque de reconnaissance ou même à l’ingratitude des électeurs aujourd’hui ?

Quand on fait de la politique, il ne faut pas s’attendre à de la reconnaissance ou de la gratitude.
La politique jusqu’à présent était une sorte de méritocratie.
On devenait adjoint au maire, maire, conseiller général, conseiller régional, député.
Les personnes qui arrivaient au Parlement, de gauche ou de droite, avaient quand même été pendant des années en contact avec la population.
Elles savaient aussi bien discuter avec un chef d’entreprise que partager les difficultés de quelqu’un qui est en pleine détresse sociale.

Là on a une génération spontanée.
C’est à mon avis la fin de cette méritocratie où il faut des années de travail sur le terrain à recevoir des gens dans des permanences.
C’est un peu une nouvelle forme de politique. On envoie son CV, on est sélectionné, on a une marque et hop la marque vous fait élire député.
Sincèrement, quand on considère les candidats d’En Marche!, d’abord la quasi-totalité se défile devant les débats.
La première chose dans le renouvellement démocratique, c’est d’avoir un débat.
Vous remarquerez qu’il n’y a quasiment aucun débat dans la plupart des circonscriptions.
Je ne suis pas persuadé du tout que les électeurs soient gagnants.
Je crois que cette génération spontanée n’a pas compris ce qu’était le travail parlementaire et le service à la population.
Je rencontrais hier un administrateur à l’Assemblée qui me disait: « Je suis en contact avec un futur député, il m’a déjà demandé s’il pourrait faire du télé-travail. »

Écoutez, l’Assemblée ce n’est pas encore le télé-travail, il faut par moment être présent et participer au débat. On ne peut pas être député en appuyant simplement sur un like. Il y a un contact nécessaire avec les gens.
Je peux me trompe, mais je ne suis pas persuadé du tout que cette génération ait cette approche-là.
Ces années de terrain permettent de sentir à la fois tous les aspects de la population.
Je souhaite bonne chance à tous ceux qui vont arriver, mais je pense qu’il y aura beaucoup de désillusions.
Pour beaucoup la politique autrement, c’est en réalité très peu de contact avec le public.

Député de la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Europe de l'Est, Asie, Pacifique) - Ancien ministre- Président des Chorégies d'Orange depuis 1995

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