Donald Trump : le retour ?

Consultant stratégique
 

Reprenons : Trump, soit par fatigue, soit pour survivre, soit par tactique, a choisi de rejouer le film Wag the Dog (« Des hommes d’influence »), qui décrit l’invention d’une fausse guerre afin de sortir le président américain d’un mauvais pas. Ça a marché : le vice-président et le ministre des Armées ont su canaliser Rex Tillerson (Affaires étrangères) sur la Russie, cependant qu’ils s’occupaient eux-mêmes de la Corée. Laissant à Trump le soin de régler les urgences de la politique intérieure, entre deux discours martiaux. Sa cote est remontée.

Trump, irrité de voir Steve Bannon, son « haut conseiller et chef de la stratégie », mis en valeur en couverture du Time Magazine, avait choisi de l’humilier publiquement, inaugurant ainsi le 7 avril un cycle « George W. Trump ». Ian Bremmer, fondateur du think tank hégémoniste Eurasia, expliquait lundi sur Fox News (« The O’Reilly Factor ») que les initiatives récentes du nouveau président (Syrie, Afghanistan, Corée) répondaient « très exactement » au message de sa campagne (« America First ») car le président allait de l’avant, interventionniste, sans se préoccuper d’« alliés » régionaux qui, de toute façon, n’avaient pas de tripes. Bref, en quelques jours, « Trump » avait fait plier la Chine et la Russie, ce qu’Obama n’avait pas su faire. Et surtout, en préparant la chute de la Corée du Nord, le président couperait l’Iran de toute logistique nucléaire. La journaliste Dana Perino, ancienne attachée de presse de George W. Bush, était aux anges…

C’est maintenant en matière de politique économique que Trump déconcerte. Le « nationalisme économique » pro-croissance et pro-PME de Steve Bannon combinait une « politique de l’offre » (investissement + baisse des impôts + déréglementation = croissance, donc équilibre budgétaire) à une renégociation des traités commerciaux multilatéraux. Or, cette politique est remise en question depuis la semi-disgrâce de Bannon… Tout comme l’ascension des « démocrates new-yorkais » de la Maison-Blanche : Jared Kushner, Ivanka Trump, Gary Cohn, Steven Mnuchin. Goldman Sachs de tous les pays…

La « trahison » de Trump pourrait, ici, lui coûter très cher. C’est une chose, avec quelques gestes symboliques, de manipuler les électeurs au nom du patriotisme. C’en est une autre de revenir sur les stratégies populistes de croissance économique qui ont fait l’élection. Après « George W. Trump » (politique étrangère), serait-ce l’irruption de « Hillary Trump » en politique économique ?

Cette question est répétée à l’envi par les médias sociaux (encore) pro-Trump, ou par certains journalistes économiques de CNBC et Fox Business, déçus du retard pris par le marécage washingtonien, cause de l’effritement boursier. Trump est donc sous pression, d’autant que McCain le tient en courte laisse (il ne le lâchera pas sur la Russie) et qu’une partie des démocrates le harcèle toujours sur ses « collusions » avec la Russie. L’impeachment reste vivace…

Le président semble réagir depuis Pâques, recadrant son discours sur l’économie et l’emploi, et dispose d’une nouvelle arme pour aiguillonner les parlementaires peu pressés : deux récentes élections partielles dans des fiefs républicains où la catastrophe a été évitée de justesse. Et soudain Bannon redevient utile… Alors, le retour de Trump ?

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