Donald Trump : un personnage de vaudeville

Le petit garçon caractériel Trump a pris le dessus.

Tant que les anomalies perceptibles par tous paraissaient se cantonner à l’apparence et aux démonstrations superficielles d’une nature à l’évidence dominatrice et contente d’elle, on pouvait espérer que le fond de la politique n’en serait pas affecté, que les décisions capitales, notamment sur le plan international, n’en seraient pas gravement altérées. Plutôt, on supposait qu’il y aurait encore de la place, malgré l’envahissement des actions à mener et des choix à opérer par l’être et ses bizarreries, pour une forme de stabilité, un zeste de normalité.

Avec Donald Trump, sans tomber dans une psychologie de bazar, nous sommes confrontés à un président chez qui la personne, ses troubles et son hypertrophie occupent le champ de la vie politique tout entier. Ce sont eux qui président, gouvernent et imposent leur loi. D’où l’impossibilité, même pour des dirigeants chez lesquels l’ego n’est pas réduit à rien, à se mouvoir dans un espace où un autre, au demeurant partenaire irremplaçable, a quitté les rives de la discussion, la sphère de la contradiction et la technique de la négociation pour s’abandonner à un seul objectif, une unique ambition sans l’extériorisation desquels il est nu : être le plus intensément possible soi-même, ne rien concéder qui ne soit pas directement relié à son tempérament, à ses provocations et à ses voltes.

Le sommet du G7 l’a encore surabondamment démontré, l’obsession du président Trump – contraste dans les termes de plus en plus éclatant – est de se tenir toujours tout seul. Sa victoire existe quand sa singularité est exhibée, quand il est parvenu à surprendre – au point que la surprise elle-même risque de devenir une routine – et que, contre toutes les attentes, après avoir laissé espérer un consensus, par sadisme il en détruit l’occasion pour se retrouver sur un pavois, les autres défaits puisqu’il a gagné en se projetant en pleine lumière, lui magnifiquement seul contre tous, seul avec lui-même puisqu’il s’agit de l’exclusif compagnonnage admissible.

À peine a-t-on fait miroiter au sommet du G7 l’esquisse d’une possibilité de communiqué commun qu’on pouvait être assuré que, pour se distinguer au sein d’un intolérable pluriel, le singulier pathologique de Donald Trump allait frapper. Cela n’a pas manqué.

On avait déjà analysé sa détestation des rencontres internationales à plusieurs puisque, en principe, dans ces entretiens, les dirigeants et chefs d’État sont à égalité. D’où sa dilection pour les seules visites où sa présence est magnifiée, honorée, célébrée, où il n’y a que lui parce qu’il ne peut y avoir que lui dans un monde trop médiocre pour qu’il s’y commette avec d’autres.

Tout cela relèverait d’un triste et pitoyable vaudeville si ne surgissaient pas de cette hypertrophie du moi des décrets absurdes, des revirements subits, des fuites imprévisibles et des oppositions dictées seulement par la hantise de se distinguer. On parviendrait à lui offrir l’image d’accords où il serait pourtant la seule partie à les proposer puis à les signer que, les validant, sa joie serait immense : se contempler immense, superbe et tellement au-dessus des autres, dans le miroir du monde.

Au cours de sa prochaine rencontre avec le leader de la Corée du Nord – qui l’aurait cru, il y a quelques mois encore -, le plus fou des deux ne sera pas celui qu’on imagine.

La grande chance de Donald Trump est qu’il n’a pas eu de véritable rivale lors de l’élection présidentielle et que l’Amérique profonde qui l’a choisi continue à prendre ses coups de menton, ses airs de matamore et l’expansion délirante de sa nature pour une politique.

Quand on observe la montée de la folie à présider comme au spectacle.

Extrait de : Justice au Singulier
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