Donald Trump et l’Oncle Sam : derrière la marionnette, toujours le même ventriloque…

Jamais Donald Trump ne déçoit son public. Lors du dernier G7, réuni au Canada, il a donc assuré le spectacle, réussissant à se fâcher avec tous ses partenaires et quittant la scène sur un grand doigt d’honneur, façon rock star mal élevée. Motif de la discorde ? Les taxes que le président entend imposer à ses partenaires commerciaux ; lesquels ne l’entendent évidemment pas de cette oreille. Après tout, qui a imposé le libre-échangisme mondialisé au reste de la planète, si ce ne sont les USA ?

Au crédit de cette impayable bête de scène, il y a évidemment le fait de tenir ses promesses de campagne : il joue pour le public l’ayant hissé sous les feux de la rampe. Après, résumer l’homme à ses seules foucades serait probablement trop hâtif ; il est tout sauf idiot et, même si peu réputé pour hanter les bibliothèques, connaît néanmoins son petit Richard Nixon illustré par cœur. Son lointain prédécesseur aimait ainsi à jouer au fou furieux. Ses tocades géopolitiques eurent parfois même du génie, tel le rapprochement d’avec la Chine communiste pour contourner une Russie tout aussi communiste, ou le bombardement d’Hanoï, en pleine guerre du Vietnam, histoire de montrer à l’ennemi que, non seulement « furieux », le fou pouvait aussi se révéler « dangereux ».

Mais Donald Trump, à défaut d’être Richard Nixon, n’est même pas Ronald Reagan, tandis que la clique l’entourant n’entretient qu’un lointain cousinage avec l’envergure intellectuelle et politique d’un Henry Kissinger. En effet, dans ce ramassis tenant plus de la Cour des miracles que d’autre chose, on trouve néo-conservateurs, aujourd’hui de retour, après mise au placard par Barack Obama, illuminés évangélistes n’ayant rien à envier, en matière de dingueries eschatologiques, aux théoriciens de l’État islamique, traditionnels ambassadeurs plus ou moins officieux d’Israël et incontournables représentants de ce fameux « État profond », désormais bien à la peine dès lors qu’il s’agit de canaliser les emportements de leur fougueux homme lige.

Ainsi, Larry Kudlow, principal conseiller économique de Donald Trump, affirme, à propos de Justin Trudeau, Premier ministre canadien : « Il y a un siège réservé en enfer à tout dirigeant étranger qui s’engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec le président et tente de le poignarder dans le dos quand il s’en va ! » Dans le registre incantatoire, Hugo Chávez était plus rigolo et Mahmoud Ahmadinejad autrement plus pertinent. Bref, Donald Trump n’est pas exactement Talleyrand. En est-il « fou » pour autant ? Non.

Pour illisible qu’elle puisse paraître, la politique « trumpesque » n’est jamais que la mise en œuvre de celle préconisée depuis longtemps par ce même « État profond ». Soit une guerre à outrance à la Chine, principal ennemi à venir, et « endiguement » de l’Europe, dès lors qu’elle entendrait passer du statut de marché à vocation économique à celui de puissance politique. En ce sens, Donald Trump ne fait jamais que brailler un peu fort ce que des têtes mieux formées que la sienne murmurent tout bas depuis des décennies.

Henry Kissinger, plus haut cité, avait ainsi assuré à Georges Pompidou, après avoir imposé « l’étalon-dollar » en lieu et place de « l’étalon-or » : « Le dollar est désormais votre problème, mais c’est notre monnaie… » L’occasion de se rappeler que, malgré les changements de régime et de style y afférents, les objectifs des nations demeurent les mêmes. Et si Donald Trump se donne maintenant des airs de Kanye West – un promoteur immobilier valant bien un rappeur en matière d’élégance et de distinction –, c’est toujours l’Oncle Sam qui écrit la partition sur laquelle les divers locataires de la Maison-Blanche continuent d’assurer le même show, Donald Trump y compris, nonobstant cette petite touche personnelle faisant le bonheur à la fois des petits et des grands, sans oublier les commentateurs de la chose politique.

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