Sarkozy face à l’acharnement judiciaire

Journaliste et écrivain

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Il fut co-fondateur de Boulevard Voltaire.

 

Le rythme s’accélère, mensuel, hebdomadaire, bientôt peut-être quotidien. Il ne se passe en tout cas plus guère de semaines sans que Nicolas Sarkozy – qui, au reste, ne l’a peut-être pas volé – ne se voie mis en cause dans quelque nouvelle affaire et ne se prenne sur le coin de la figure quelque nouvelle accusation, annonciatrice (pour commencer) d’une prochaine convocation dans le cabinet d’un juge d’instruction, ce dont certains médias, qui bénéficient apparemment d’un accès permanent aux sources policières et judiciaires, se font immédiatement l’écho.

Tout juste tiré d’affaire dans le dossier Bettencourt, mais toujours sous la menace de nouveaux développements dans les dossiers Karachi, Kadhafi ou Tapie, l’ancien président de la République fait désormais l’objet d’investigations, d’informations ou d’insinuations touchant ses tentatives d’influencer la justice, ses comptes de campagne de 2012, les fausses factures de Bygmalion, voire, tout récemment, la vente d’hélicoptères au Kazakhstan. Il n’est pas dit qu’on ne lui impute pas un jour ou l’autre le vol du bourdon de Notre-Dame. Allez savoir…

On ne prête qu’aux riches, dira-t-on. Mais, quoi que l’on pense de celui-ci, qui n’est pas dans la misère, et qui y a prêté le flanc, il faudrait être aveugle ou de bien mauvaise foi – c’est parfois la même chose – pour contester que
M. Sarkozy est la cible d’un exceptionnel acharnement politico-judiciaire. Combien de magistrats, d’enquêteurs, de policiers sont-ils actuellement chargés de fouiller dans ses tiroirs, ses agendas, ses comptes, de surveiller ses fréquentations, d’écouter ses conversations, de le filer ? Une part non négligeable du budget de la Justice et de l’Intérieur doit y passer et si, par malheur, l’ancien chef de l’État revenait aux responsabilités, comme on dit aujourd’hui, son successeur ne devrait pas s’étonner qu’il lui rende la pareille.

Cela dit, quelles peuvent être les conséquences de cet acharnement ? Il est certain que les divers soupçons qui pèsent sur Nicolas Sarkozy, que la vraisemblance de certaines accusations portées contre lui, sans préjudice de révélations à venir, confortent encore la mauvaise opinion qu’ont déjà du personnage un très grand nombre de Français. Il est possible que cela profite à Alain Juppé, à Marine Le Pen ou à Nicolas Dupont-Aignan.

Possible, mais pas certain dans un pays où M. Gaston Flosse est resté des années l’homme fort de la Polynésie, où M. Balkany est l’inamovible maire de Levallois, où la liste de M. Guérini a fait un malheur aux dernières sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône. Les nombreux partisans que compte encore Nicolas Sarkozy, scandalisés par les persécutions dont est victime leur idole, ont manifestement tendance à nier en bloc la réalité des nombreuses turpitudes qui lui sont attribuées, soit qu’ils ne doutent pas de son innocence, soit qu’ils n’atttachent aucune importance à sa culpabilité.

Connaissant l’homme comme nous le connaissons, les poursuites et les menaces qui pèsent sur lui ne font, en tout cas, que le renforcer dans sa détermination, non seulement parce qu’il est dans sa nature pugnace de relever les défis mais parce que son retour au pouvoir est le moyen le plus sûr et peut-être le seul d’échapper à la lourde main de la justice. Prédécesseur lointain de Nicolas Sarkozy, si Napoléon s’est lancé dans l’aventure des Cent-Jours, c’est en grande partie par crainte, s’il restait sur l’île d’Elbe, d’être assassiné ou déporté dans quelque lointaine contrée.

M. Sarkozy sera-t-il mis en examen, déféré devant un tribunal et éventuellement condamné avant la prochaine élection présidentielle ? Ou bien aura-t-il eu la chance de revenir à la tête de l’État avant que les magistrats aient bouclé leurs dossiers, ce qui mettrait comme par enchantement, soyons-en assurés, un terme à ses ennuis ? La justice a le pas lent et
M. Sarkozy court comme un lapin. Une course de vitesse est désormais engagée entre le temps judiciaire et le temps politique. Les paris sont ouverts.

Envie que vos amis découvrent cet article ?
Partagez-le !

Recevez gratuitement nos articles !


Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Il fut co-fondateur de Boulevard Voltaire.

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.