Non, Hollande n’est pas le président de tous les Français.

francois-hollande
Le 21 avril 2013
Il est étonnant qu’un homme qui fait fi des concitoyens qui n’ont pas voté pour lui bénéficie encore de la confiance d’un Français sur quatre.

« Mon programme ne sera pas socialiste », avait déclaré, avec une franchise qui lui faisait honneur, Lionel Jospin à l’époque aujourd’hui bien lointaine où il visait l’Élysée. Lui faisant écho à onze ans de distance, François Hollande affirmait le 28 mars dernier : « Je ne suis plus président socialiste. » On s’en doutait un peu. Social-démocrate avoué, le président de la République était depuis longtemps un libéral contrarié, comme il y a des gauchers contrariés. Sa victoire, l’an passé, a permis à cet austéritaire qui se marre de poursuivre la politique de rigueur qu’avait ébauchée et qu’aurait sans doute été contraint d’accentuer son prédécesseur. Dont acte.

Au cours de la même intervention télévisée, le chef de l’État enchaînait : « Je suis désormais le président de tous les Français. » C’est le genre de propos convenus que tiennent généralement les hommes politiques dans l’euphorie des soirées électorales. Mais qu’en est-il en réalité ?

On apprenait hier que les gendarmes qui contrôlaient depuis six mois les principaux carrefours routiers sur le site du futur – ou faut-il dire du virtuel — aéroport de Notre-Dame-des-Landes avaient reçu l’ordre de se retirer. Un nouveau geste d’apaisement, après l’annonce de la désignation de commissions d’experts dont les études et les rapports retarderont forcément et remettront peut-être même aux calendes grecques la réalisation du projet porté depuis vingt ans par Jean-Marc Ayrault. Quoi que l’on pense de ce projet (qui me laisse personnellement sceptique), il n’est pas indifférent de se rappeler qu’il a recueilli le soutien de la quasi-totalité des élus locaux et qu’il est approuvé par la majorité des Nantais, premiers concernés. Dès lors, pourquoi donner cette nouvelle satisfaction à quelques centaines d’opposants, défenseurs de la nature, Robins des lois et anarchistes obsessionnels qui, en tout état de cause, ne constituent qu’une minorité agissante et souvent violente ? C’est bien entendu que, dans le contexte actuel, il est apparu au profond stratège qui nous gouverne qu’il était indispensable de faire cette fleur à la composante écologiste de sa majorité.

Des centaines de milliers, peut-être davantage, de Français, sans distinction d’âge, de sexe ou de condition, manifestent dans la rue, des millions de Français s’élèvent depuis des mois, contre un projet de loi qui, quoi que l’on en pense, est porteur d’une véritable révolution sociétale, bouleversant un équilibre des mœurs et des coutumes établi depuis des siècles, alors qu’il ne répond à aucune urgence, excepté dans l’esprit d’un groupe de pression ultra-minoritaire, mais fort bien représenté dans la caste dominante politico-médiatique. Or, le président de tous les Français n’a pas trouvé sur son agenda un moment, une minute, ni dans son esprit ou dans son cœur une ouverture, une disponibilité, pour recevoir, pour écouter, pour entendre les représentants d’un mouvement qui traduit de toute évidence une angoisse, une colère, des interrogations, un refus, voire une révolte dignes au moins d’être pris en considération. Il est vrai que cette opposition morale recoupe largement l’opposition politique à la majorité actuelle. C’est pourquoi, sans doute, l’ancien premier secrétaire du PS, dont le président de la République ne porte plus l’habit mais a gardé tous les préjugés, droit dans ses bottes de caoutchouc, lui oppose un mépris de fer et a riposté à l’ampleur de la protestation par une radicalisation directement proportionnelle à son sectarisme et parfaitement contradictoire avec ses propos.

Deux poids, deux mesures. Il est tout simplement étonnant, dans ces conditions, qu’un homme qui fait fi par principe de ceux de ses concitoyens qui n’ont pas voté pour lui, bénéficie encore – pour combien de temps ? – de la confiance d’un Français sur quatre.

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Journaliste et écrivain
Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais
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