Hollande : Français, je suis content de moi

Journaliste et écrivain

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Il fut co-fondateur de Boulevard Voltaire.

 

Les 14 juillet, d’année en année, se suivent et se ressemblent. Rituel du défilé militaire, où notre armée cache avec dignité sa grande misère. Rituel du passage en revue des troupes. Rituel de la descente des Champs-Elysées sous les sifflets et les huées, puisque aussi bien un certain nombre de citoyens qui n’apprécient pas la politique de François Hollande (on les comprend) jugent opportun de conspuer en ce jour solennel le chef de l’Etat, commandant en chef des armées, et s’indignent que la police, en service commandé, intervienne pour assurer le bon déroulement des cérémonies comme elle le ferait dans n’importe quel pays et heureusement avec moins de brutalité que ne le font les polices de la plupart des pays représentés à l’ONU. Rituel de l’interview présidentielle, exercice qui consiste généralement – et c’était encore une fois le cas – à parler beaucoup pour ne rien dire.

François Hollande était donc de corvée hier matin. On ne le plaindra pas. Si l’ancien premier secrétaire du P.S. est où il l’est, il l’a bien cherché. Le visage fermé, les lunettes sombres, l’œil et le cheveu noirs (il faudra lui demander l’adresse de son coiffeur, de son teinturier et à quelle protection céleste ou à quelle intervention terrestre, à quel habile capilliculteur il doit un phénomène de repousse qui n’a rien de naturel) le président de la République n’était visiblement pas à la fête. Et c’est sans excès de conviction qu’il a répondu aux questions des deux journalistes désignés pour l’interroger et qu’il leur a servi à peu de chose près la même soupe qu’il y a deux ans et que l’an passé.

La dette de la France se creuse, le pouvoir d’achat recule, le P.I.B. stagne, les prélèvements de toute sorte atteignent un niveau insupportable, le chômage, de mois en mois, bat de nouveaux records ? Le président confond l’incantation et l’action, le discours et la réalité, l’idéologie et les faits, et qualifie de « réformes » les misérables cautères qu’il pose sur la jambe de bois de notre économie. D’emblée, le président donne le ton : il va se situer « au-delà des chiffres ». S’il reconnaît du bout des lèvres qu’il a anticipé en 2012 lorsqu’il a promis le retournement et en 2013 lorsqu’il annoncé la reprise, celle-ci, à l’en croire, pour faible qu’elle soit, est au rendez-vous. Lui fait-on remarquer que la « croissance » est au mieux de l’ordre de 0%, ce qui n’est pas prodigieux, il s’obstine à sentir un frémissement de bon augure. Il est bien le seul. Quant au chômage, c’est bien simple, il ne l’accepte pas. On ne doute pas que le chômage, ainsi mis en garde, se fasse tout petit.

Un discours de Jaurès, ironisait Clemenceau, se reconnaît à ce que tous les verbes y sont au futur. S’il doit finir par admettre que les résultats actuels ne sont peut-être pas encore à la hauteur des promesses, François Hollande se projette résolument dans le futur. Il a jeté les bases du redressement, les fruits ne sauraient manquer de venir à maturité. En attendant, 2015 sera l’année de la refonte de notre système de santé, 2016 celle des grandes réformes de société. Et 2017 ? Il n’y pense jamais, même en se coiffant. Tout ce qu’il demande, c’est seulement l’impossible : que les Français aient confiance en lui comme il a confiance en eux.

Qu’ils soient rassurés, leur président et son Premier ministre tiennent solidement la barre et ne changeront pas de cap. Le mur n’est plus bien loin. On ne change pas une politique qui perd.

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Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Il fut co-fondateur de Boulevard Voltaire.

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