Turquie : un coup d’État aussi discret qu’efficace…


Députée européenne du FN

 

La Turquie est-elle toujours une vraie démocratie ? Non. Le peuple y consent-il ? On peut répondre par l’affirmative pour une majorité d’entre les Turcs. Si la Turquie n’était pas aux portes de l’Europe, au sens propre comme au sens figuré, la démonstration pourrait s’arrêter là. Le 16 avril prochain, 58 millions d’électeurs turcs seront appelés aux urnes pour voter la réforme constitutionnelle voulue par le sultan Erdoğan ; surnom qui lui siéra à merveille quand les 18 articles qui composent le texte seront appliqués. Car, en toute logique, le résultat semble connu d’avance. Le « oui » devrait être assez largement vainqueur.

Quand ce texte sera adopté, la Turquie basculera pleinement vers un régime présidentiel ne connaissant que peu de limites. Ancien ambassadeur, Pulat Tacar prévient : « On entrerait dans un régime quasi dictatorial où le président de la République détiendrait tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. » Le texte offrira au chef de l’État deux armes de choix : la possibilité de gouverner par décrets, pour mieux exclure ce qu’il reste d’opposition ; une totale liberté de choix pour nommer les ministres et les vice-présidents, sachant, par ailleurs, que ces derniers n’ont déjà qu’une marge de manœuvre fictive en Turquie… Jamais, depuis l’époque des sultans ottomans, un homme n’aura détenu autant de pouvoir entre ses seules mains. Atatürk lui-même n’eût pu en rêver.

Grand dirigeant, Erdoğan veut marquer l’Histoire de son empreinte, non seulement celle de son peuple, mais aussi celle du Moyen-Orient et du monde.

Transformant son pays au bulldozer, l’homme fort du PKK réussit un tour de force inédit en ressuscitant la Turquie impériale qui dominait le monde islamique, sans pour autant s’aliéner les héritiers du kémalisme et du nationalisme turc moderne. Une synthèse qui pouvait paraître, à première vue, impossible. Face à tant de hardiesse et d’intelligence politique, les exécutifs européens sont bien ternes… Comment s’opposer à un homme aussi décidé, aussi sûr de son fait, quand nous sommes gouvernés par des nains qui ont imaginé que l’Histoire s’était arrêtée dans les années 60 ? C’est la question qui nous est présentement posée.

Depuis le putsch avorté, Erdoğan a fait procéder aux arrestations de 41.000 personnes, parmi lesquelles des militaires, des journalistes, des opposants politiques ou des artistes. Saisissant le prétexte d’une triple menace, incarnée par l’État islamique – avec lequel il était pourtant bien clément au départ -, les séparatistes kurdes et les ennemis de l’intérieur – qu’il a nommément désignés comme étant les partisans de l’exilé Fethullah Gülen -, Erdoğan a réalisé un coup d’État feutré, demandant au peuple turc de sacrifier ses libertés au profit de la sécurité.

Prenons-en acte. Afin de maintenir son rang dans le nouveau monde qui se dessine, la France doit opérer une révolution intellectuelle. Imagine-t-on Emmanuel Macron s’opposer avec suffisamment de fermeté à Recep Tayyip Erdoğan ? Non. En outre, l’Union européenne, sous domination de l’Allemagne d’Angela Merkel, s’est soumise au chantage turc. L’accord négocié avec la Turquie, relatif à la gestion de la crise migratoire, est un marché de dupes qui nous oblige. Seule Marine Le Pen aura l’autorité nécessaire pour impulser une autre direction en Europe.

Députée européenne du FN

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