Dix sept femmes ministres contre le sexisme, et alors ?

C’est l’une des suites de l’affaire Denis Baupin. Dix-sept femmes ministres ou anciens ministres ont signé, dans le JDD du 15 mai, un appel contre le sexisme dans le milieu politique. Elles viennent de bords politiques différents et dénoncent le climat parfois délétère du milieu politique. Parmi elles, Roselyne Bachelot, Fleur Pellerin, Élisabeth Guigou, Valérie Pécresse, Aurélie Filipetti, Christine Lagarde…

Elles expliquent les petites réflexions machistes qu’elles ont dû subir au quotidien, la nécessité pour elles de devoir masquer leur féminité pour paraître les égales des hommes, les agressions et les moqueries dont elles ont été parfois l’objet, etc. Elles réclament de mettre un terme définitif à cette impunité, reconnaissant toutefois que « ce fléau n’est pas propre à notre univers, loin de là, mais le monde politique a un devoir d’exemplarité ». Elles dressent aussi quelques pistes de réflexion pour sortir de ces non-dits et de ce sujet de moins en moins tabou.

Cette démarche est non seulement louable mais aussi nécessaire, car ce combat est juste. En effet, le monde politique qui donne toujours des bonnes leçons de droit et de morale doit impérativement balayer devant sa porte. Chacun pensait que l’affaire DSK allait pouvoir faire bouger les lignes. Il n’en fut rien. Un ministre et ancien sénateur, aujourd’hui membre d’une haute institution de la république n’a jamais été inquiété pour ses mains baladeuses quand il était au Palais du Luxembourg. il y a quelques jours, c’est Michel Sapin qui s’est fendu d’une excuse (du bout des lèvres) pour avoir claqué la culotte d’une journaliste. Le pire c’est qu’il avait démenti ce « saut à l’élastique » avant finalement de reconnaître les faits. Et combien d’autres affaires ont-elles été passées sous silence ? Faudra-t-il encore une quarantaine d’années pour faire ressortir des affaires à l’image de celle vécue par Monique Pelletier, embrassée de force et empoignée, entre deux débats à l’Assemblée nationale. Comble de l’ironie, elle était alors ministre déléguée à la Condition féminine.

Sur le fond, il n’y a donc rien à redire sur cet appel des 17. Néanmoins, sans vouloir jouer les rabat-joie, on s’interroge sur cette démarche : Pourquoi seulement 17 femmes ministres ? Où sont les autres ? Où sont Christiane Taubira, Michèle Alliot-Marie, Ségolène Royal, Michèle Barzach, Martine Aubry, Barbara Pompili, Christine Boutin, Emmanuelle Cosse, Najat Vallaud-Belkacem et leurs « consœurs » ? Où sont les autres « pétroleuses » ? Pourquoi ne pas avoir fait associé à cette motion des hommes qui partagent leur vision du problème ? N’est-ce pas ici aussi une sorte de sexisme que de les exclure ? Que dire aussi des personnes qui seraient victimes de réflexions graveleuses venant de personne du même sexe ? Pourquoi s’arrêter seulement aux rapports homme/femme ?

Oui, il faut en finir avec l’impunité et commencer par libérer la parole. Mais cela réclame du courage. C’est bien ce qui manque en politique et parfois dans la vie de tous les jours.

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