Editoriaux - Politique - 1 août 2014

Dissolution de la Ligue de défense juive, l’opportunisme d’un pouvoir versatile

Libération évoquait, hier, l’étude, par le ministère de l’Intérieur, de la possibilité d’une dissolution de la Ligue de défense juive suite aux affrontements physiques ayant opposé des membres de ce groupe communautaire juif (politiquement sioniste) et des manifestants pro-palestiniens.

Les précédents en la matière concernaient le groupe Tribu Ka, l’Œuvre française et le mouvement Troisième Voie (qui avait anticipé la mesure et s’était auto-dissoute). La direction des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur souhaite pouvoir faire de même avec la Ligue de défense juive et étudie « le plus finement possible » les modalités juridiques. En outre, Bernard Cazeneuve avait estimé ce groupe « dans l’excès », et « dans des actes qui peuvent être répréhensibles et qui doivent être condamnés ». De son côté, la LDJ s’est défendue de tout acte illégal.

À titre personnel, je suis opposé à toute dissolution de ligues, excepté pour celles qui prônent ouvertement le terrorisme et les actes violents. Ce n’est le cas d’aucun des groupes susmentionnés, quoi qu’on puisse en penser par ailleurs.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette prise de position du gouvernement.

Premièrement, le gouvernement – et au premier chef Manuel Valls – a fait de la lutte contre l’« hydre fasciste » un écran de fumée pour masquer sa désastreuse politique. Tous les mouvements para ou méta-politiques sont donc assimilés à un retour aux années 30, y compris la LDJ.

Ensuite, ce groupe est communautaire et « identitairement » juif ; et donc s’oppose à l’idée de la gauche libérale et progressiste, héritée des Lumières, et particulièrement d’Anacharsis Cloots, de l’« universalité du genre humain ». Car, derrière la tentation communautaire régulièrement évoquée, pour critiquer la politique des « sociétalistes » au pouvoir, se cache une vision du monde basée sur l’indifférenciation.

Les socialistes donnent aussi des gages à leur électorat le plus fidèle jusqu’en 2012, et souhaitent montrer qu’ils ne sont pas plus liés à une communauté qu’à une autre. Cette dissolution sert à flatter l’électorat « divers » (et notamment musulman), tel que conçu par Terra Nova, c’est-à-dire comme une « clientèle ».

Autre raison inavouable : la police a été dépassée par les événements récents. Depuis l’affaire Malik Oussekine, l’État français a considérablement transformé sa philosophie du maintien de l’ordre public, théorisée par Napoléon Bonaparte durant l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire de l’an IV. Face à des groupes dispersés et prêts à l’action, police et gendarmerie n’ont plus les moyens d’assurer correctement leur mission et laissent le champ libre à des associations pratiquant l’auto-défense. Il s’agit d’une conséquence déplorable, mais logique, de la faiblesse de l’État quant à la bonne pratique de ses fonctions régaliennes. Le pouvoir socialiste ne tolère pas qu’une « milice » assure la protection des synagogues et souhaite réaffirmer son autorité en la matière.

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