Culture - Musique - 1 janvier 2019

Disque : Happy Xmas, d’Eric Clapton

Voilà maintenant un quart de siècle, depuis la sortie de From the Cradle, album en forme d’hommage aux maître du blues, qu’Eric Clapton poursuit son petit bonhomme de chemin en solitaire, loin des modes du moment et d’un univers du show-biz courant manifestement désormais trop vite pour lui. D’où cette poignée d’albums tranquilles, tous plus envoûtants les uns que les autres – mentions spéciales à Reptile et I Still Do –, dans lesquels il revisite le music-hall anglais de jadis et autres vieilles chansons oubliées, tandis que ses rares compositions personnelles n’en finissent plus de fleurer bon le début du siècle dernier. Bref, à force d’honorer le patrimoine musical, sur scène comme en studio, il est devenu un monument historique à lui seul.

Pour son petit dernier, Happy Xmas, c’est à une autre tradition qu’il sacrifie : celle du disque de Noël. Ici, nous avons l’inusable scie de Tino Rossi, Petit Papa qui vous savez : c’est l’exception. Ailleurs, en général, et dans le monde anglo-saxon en particulier, tout artiste se respectant un tant soit peu doit, une fois dans sa carrière au moins, sortir sa chanson, voire son album entier, à boules et guirlandes, traîneau et chapeau rouge et blanc : c’est la règle. Ainsi, Elvis Presley, James Brown et Frank Sinatra. Les Beatles, les Rolling Stones et les Ramones. Run DMC, Afrika Bambaataa et Duke Ellington. David Bowie, Bing Crosby (en duo), et même… notre Trust national et son éminemment brailleur tricolore, Bernie Bonvoisin.

Ne manquait plus que le duc de Clapton ; ce qui est maintenant chose faite. Remarquez qu’à rebours du mysticisme hindouisant des sixties – celui de son ami George Harrison, membre d’un certain quatuor liverpuldien fort connu, par exemple –, le sien relevait déjà d’un catholicisme plus traditionnel. En 1969, au sein de Blind Faith, groupe fondé avec un autre vieil ami, Steve Winwood, il signe le bouleversant « Presence of the Lord ». Près de vingt ans plus tard, ce sera Holy Mother, ode déchirante à la Vierge Marie. Le grand Luciano Pavarotti ne s’y trompe pas et fait des pieds et des mains pour l’interpréter en duo avec lui.

Et c’est ainsi que Happy Xmas a débarqué dans les bacs de nos disquaires à quelques semaines de la Nativité. Soit quatorze chants de Noël revisités façon crooner qui se serait mis au blues. Le tout enregistré en famille, avec la joyeuse petite bande de musiciens – rien que des pointures – le suivant depuis un sacré paquet d’années ; et même sa femme et ses trois filles dans les chœurs. L’ensemble est évidemment parfait, ruisselle de cuivres, d’orgues électriques et de batteries chaloupées. C’est joué tout en retenue et en swing. Seule petite scorie – mais ce doit être de l’humour anglais -, sa reprise de « Jingle Bells » en mode… techno ! Dans le genre électronique sautillant, le divin Eric avait bien mieux fait en 1997, avec l’album Retail Therapy, enregistré sous le pseudonyme de T.D.F. ; passons, c’est de l’humour anglais, on vous dit…

Cerise sur la bûche de Noël, le vidéo-clip de la chanson « White Christmas », véritable petit court-métrage à lui seul, réalisé avec des marionnettes en pâte à modeler, comme les très anglais Wallace & Gromit du studio Aardman, lui aussi spécialisé dans le neuf à l’ancienne. D’ailleurs, celui qui n’a jamais vu Wallace & Gromit et le mystère du lapin-garou, sublime hommage aux films d’épouvante de l’aussi très britannique maison Hammer, n’a certes pas manqué sa vie, mais un peu quand même.

Bref, avec ce nouvel album, Eric Clapton a encore réalisé un coup de maître. Il en a la nonchalante habitude ; tandis que nous, on n’en finit plus d’avoir celle de toujours s’en étonner. Ça doit aussi être ça, la touche du maestro.

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