Editoriaux - International - 6 février 2019

Diplomatie franco-allemande : soumission

Mais à quoi joue donc Emmanuel Macron avec le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU ? Ce siège de membre permanent obtenu parce que la France était à la table des vainqueurs en 1945 : ça plaît, ça plaît pas, mais c’est comme ça et c’est l’Histoire. En mars, la France présidera le Conseil de sécurité et, en avril, ce sera au tour de l’Allemagne (en temps que membre élu pour deux ans) de le présider, toujours pour un mois, puisque telle est la durée de cette présidence tournante.

À l’occasion de cette conjonction des planètes, la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies à New York vient de publier un petit clip de propagande intitulé « Dans un mois, une présidence du Conseil de sécurité historique ». Ce petit film nous explique que « pour la première fois aux Nations unies, DEUX pays assurent une présidence conjointe du Conseil de sécurité » : France et Allemagne. Tout ceci sur fond de la photo du général de Gaulle embrassant le chancelier Adenauer, suivie immédiatement de celle de Macron et Merkel. Ça fait toujours bien d’invoquer les grands ancêtres en faisant croire que l’on s’inscrit dans leur lignée. C’est le principe des grandes usurpations.

Une initiative, en tout cas, qui s’inscrit tout à fait dans l’esprit et la lettre du traité d’Aix-la-Chapelle, signé le 22 janvier dernier. En son article 8, ne lit-on pas : « L’admission de la République fédérale de l’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande. » Il y a avait une diplomatie française. Il y avait une diplomatie allemande. Il y a donc une diplomatie franco-allemande. Bismarck n’en aurait sans doute pas demandé autant ! Un traité, du reste, dans lequel l’Allemagne gagne tout et la France rien. Le jour – encore hypothétique, certes – où l’Allemagne accédera à ce Saint des saints qu’est le club restreint des membres permanents du Conseil de sécurité, que restera-t-il à la France pour peser face à une Allemagne déjà toute-puissante économiquement ? Notre armement nucléaire ? C’est la France qui le finance mais, toujours par ce traité, c’est l’Allemagne qui pourrait aussi en bénéficier, puisqu’il est bien spécifié, dans l’article 4, que la France et l’Allemagne « se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression armée contre leurs territoires » Ce n’est pas une option, c’est une obligation.

Mais revenons à cette « présidence conjointe ». La page Twitter de notre Représentation à New York, est pour le coup, pleine d’enseignements. Un twitto demande une explication sur ce clip et publie, malicieusement, un extrait du texte publié sur le site du gouvernement, à l’issue de la signature du traité, afin de lutter contre les fausses nouvelles : « Jamais aucun “partage” ou “cession” du siège français au profit de l’Allemagne n’a été mentionné ou envisagé. » Réponse de la Représentation à New York : « En effet, aucun “partage” de siège n’a été mentionné ou envisagé. En mars et avril, chaque pays présidera chacun son tour, selon les règles du Conseil. » Donc, le clip officiel raconte n’importe quoi. Pas très convaincu, un autre twitto pousse dans ses retranchements la Représentation : « Donc, la France ne partagera mais cédera son siège temporairement au profit de l’Allemagne ? Soyez précis dans vos réponses. » Réponse de la Représentation : « La France ne cédera pas son siège. La France présidera en mars, l’Allemagne en avril. Et nous avons décidé de présider conjointement durant ces deux mois, pour renforcer nos positions. » Au passage, cela va d’abord renforcer les positions de l’Allemagne, mais bon…

Un autre twitto résume parfaitement la situation : « On partage notre siège mais sans le partager. C’est orwellien. » À quand Merkel venant présider le Conseil des ministres à l’Élysée ? Ce qui était inenvisageable, hier, devient possible, aujourd’hui, et sera obligatoire, demain. Accoutumer…

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