Histoire - 20 novembre 2018

Dimitri Casali : « On compare Macron à Napoléon. Il serait temps qu’il s’en inspire »

À l’occasion de son dernier ouvrage Paris Napoléon(s) : Guide du Paris des deux empereurs, l’historien Dimitri Casali répond aux questions de Boulevard Voltaire devant l’hôtel des Invalides. Il nous parle aussi de cet opéra rock qu’il a écrit et qui sera joué le 2 décembre à Fontainebleau.

Nous sommes devant les Invalides, un bâtiment qui est un peu ce que les pyramides d’Égypte sont aux égyptologues pour les bonapartistes. Nous sommes devant l’emblème parisien de Napoléon Bonaparte. Pourtant, à Paris, aucune rue ni avenue s’appelle « Napoléon ». C’est comme si l’Empereur avait du mal à conquérir le coeur des Parisiens.

C’est le thème de mon dernier livre, Paris Napoléon. J’appuie dans ce livre là où ça fait mal. Paris doit tout aux deux Empereurs, Napoléon Ier et Napoléon III. Et il n’y a même pas une seule avenue ou un seul boulevard au nom de ces immenses personnages !


Y a-t-il une rue Napoléon dans Paris ?

Il y a la rue Bonaparte bien sûr, mais elle est beaucoup plus modeste. Même Haussmann, qui n’était qu’un simple exécutant de Napoléon III, a son propre boulevard. Lui-même le reconnaît dans ses mémoires. Il dit :« je n’étais qu’un simple exécutant ». Toutes les idées venaient de Napoléon III. Il faut rendre à César ce qui appartient à César.


À quoi attribuez-vous l’absence de souvenirs liés à Napoléon ?

C’est très simple. Les IIIe, IVe et Ve République se sont efforcées, depuis près de 150 ans, d’effacer et de gommer toutes les traces un peu trop napoléoniennes de la ville de Paris. L’idée était de ne pas montrer qu’en 30 ans ils avaient changé la physionomie de la ville, alors que les trois républiques n’ont pas fait grand-chose.


Vous avez sorti Paris Napoléon et Guide du Paris des deux Empereurs.
Que peut-on trouver pour les bonapartistes qui habitent Paris et ses environs ?
Sur quels lieux peut-on aller pour trouver cette trace du passage de la famille Bonaparte en France ?

Le haut lieu, le pôle de vénération, est bien sûr le tombeau de l’Empereur aux Invalides, même si ce bâtiment a été bâti par Louis XIV pour les Invalides de guerre. Depuis le 15 décembre 1840, quand il a voulu le retour des cendres de l’Empereur, Louis-Philippe a réussi un rapt du monument. Aujourd’hui, le tombeau des Invalides est connu dans le monde entier. Les touristes étrangers viennent voir le tombeau de l’Empereur avant toute chose. Les visites sont estimées à un million et demi par an.

Boulevard Voltaire s’est rendu le 11 novembre à la commémoration du centenaire de la 1ere guerre mondiale. À cette occasion, la flamme a été ravivée sous l’Arc de Triomphe.
Lorsqu’on lève les yeux sous l’Arc de Triomphe, on voit les noms de tous les généraux de Napoléon Bonaparte. On a l’impression que cette mémoire subsiste tout de même à quelques endroits…

Oui, bien sûr. Que voit un touriste au pied de l’obélisque place de la Concorde ?
Tout d’abord, il voit la façade de l’Assemblée nationale faite par Napoléon et Brongniart à partir de 1803. Ensuite, il voit derrière lui, le temple de la Madeleine qui était à l’origine promis à être le temple de la grande Armée. Et enfin, il voit l’Arc du Carrousel et surtout l’Arc de Triomphe qui est la plus grande et la plus belle réussite de Napoléon Ier. Lors du 11 novembre, j’ai été stupéfait qu’aucun journaliste n’ait été capable de rappeler à qui nous devions cet Arc de triomphe absolument magnifique que le monde entier nous envie.

On vous savait historien spécialiste de Napoléon et de la musique. En revanche, on ne vous savait pas chanteur. Vous avez monté un spectacle…

J’ai en effet écrit Napoléon, l’Opéra-Rock. Nous le jouerons à Fontainebleau le 2 décembre, date du sacre de l’Empereur et de la bataille d’Austerlitz, mais aussi du coup d’État de Napoléon III et du couronnement de Napoléon III. Il y a donc quatre dates en une.
Cet opéra-rock vise à donner le goût de l’Histoire de la Révolution et de l’Empire aux plus jeunes, mais il s’adresse à un public très large de 7 à 77 ans. Nous avons d’ailleurs ajouté des valses, de la pop et du reggae. J’invite tout le monde à venir voir ce spectacle pédagogique vraiment étonnant.

« On ne conduit le peuple qu’en lui montrant un avenir, un chef est un marchand d’espérance ». Cette phrase est de Napoléon.
À l’heure du mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron devrait-il s’inspirer de Napoléon Bonaparte ?

Notre président Macron devrait vraiment s’inspirer de Napoléon. On n’arrête pas de le comparer, mais pour l’instant, je ne trouve pas qu’il s’inspire véritablement de Napoléon Ier. C’était un vrai chef capable de se faire aimer de ses soldats. S’il a réussi à conquérir l’Europe, c’est grâce aux jambes de ses soldats. Ses soldats se battaient avant tout pour lui et pour la patrie.
Le président Macron devrait remettre à l’honneur le sens de la patrie, du devoir et s’inspirer de Napoléon.

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