Idoles

Didier Deschamps, ennemi d’Allah

 

Considérer le football comme un « circenses » moderne, un outil d’asservissement social au service des puissances de l’argent, n’est sans doute pas original, et je ne suis pas Juvénal pour fustiger la décadence dont il témoigne. René Girard trouverait sans doute des mots sur ces stades où se jouent des rites modernes édulcorés, mais où le mimétisme des foules tient toute sa place (peut-être même a-t-il écrit sur ce sujet). Bref, le foot de haut niveau me laisse au mieux dans un état d’indifférence difficilement concevable pour le commun des mortels et au pire dans une espèce de honte devant l’archaïsme « religieux » qu’il véhicule. La religion que j’essaye au quotidien de pratiquer n’est pas celle où des athlètes agiles à pousser un ballon de leurs pieds sont idolâtrés. Mais j’admets bien volontiers que quatre tee-shirts sur une étendue d’herbe, un ballon et des amis désireux de bouger sont une façon saine de passer un bout d’après-midi. C’est plus simple que d’improviser un rugby amical…

Par contre, il semblerait que, dans le domaine des religions archaïques, la concurrence soit rude. Des tenants de l’islam radical ont publié un montage montrant Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France de football, enchaîné en costume de prisonnier de Guantánamo et menacé par l’arme d’un combattant islamiste. Une légende en anglais : « Didier Deschamps est un ennemi d’Allah. » Il semblerait que, lors de son mandat, des dissensions d’origine ethnico-religieuse aient pourri le climat d’une équipe pas nécessairement nationale pour tous ceux qui auraient dû se sentir honorés d’en porter son maillot.

Bien évidement, il ne s’agit pas de renvoyer dos à dos islamistes et footeux, de comparer la nocivité relative de ces deux cultes. L’islam radical a déjà gagné depuis longtemps à ce concours de barbarie. Me reviennent en mémoire les images de cette partie de football (en Iran ou en Afghanistan, je ne sais plus) interrompue par une milice religieuse venue pendre au but une de ses victimes. Après l’exécution et le départ de ces tortionnaires, la rencontre a repris sans que nul ne décroche le cadavre. Par peur ou par indifférence ?

Cette menace est intolérable, mais le choix de la cible n’est pas anodin. Le football, en tant que culte de substitution promu par un capitalisme sans âme, détourne des mosquées salafistes toujours ouvertes chez nous des jeunes issus de l’immigration qui pourraient s’y radicaliser plutôt que de s’enflammer pour un club local. Il est donc normal que l’islam radical lutte contre ce culte concurrent et l’un de ses prophètes. Et si le foot permet parfois une moins médiocre intégration de certains jeunes, tant mieux. Enfin, je ne suis pas plus Didier Deschamps que je ne n’étais Charlie, mais j’espère qu’il ne lui arrivera rien de fâcheux.

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