Editoriaux - Politique - 14 avril 2016

« Dialogues citoyens » : Hollande sourd et anosognosique !

Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.. Voilà comment on pourrait résumer en une ligne l’heure trois quarts de pseudo-débat qui a eu lieu hier soir sur France 2 dans l’émission « Dialogues citoyens ». Fermez le ban ! Rompez les rangs ! Pas tout à fait, quand même…

Le téléspectateur averti et connaissant un minimum la politique intérieure et extérieure a dû ressortir outré du tissu de mensonges proférés par le chef de l’État pendant presque deux heures. Parmi les quatre invités triés sur le volet, tous ont été respectueux envers la fonction présidentielle. Bien posés, bien lisses, ils ont abordé les quatre thèmes qui étaient censés gêner François Hollande aux entournures : l’économie (entreprise), la sécurité (avec la mère d’un djihadiste martyr), le social et l’immigration, et enfin la jeunesse.

Mais le ton est donné d’emblée : François Hollande ne fera « pas de mea culpa » et ne s’adressera « pas de brevets de satisfaction ». Sauf que, pendant ces 110 minutes de dialogue, le résident de la République a tenté, en vain, de justifier un bilan catastrophique. « 700.000 chômeurs de plus en quatre ans, c’est ça, la protection du modèle social ? », s’essaie un David Pujadas totalement absent et transparent quand Léa Salamé a tenté de pousser le chef de l’État dans ses derniers retranchements. Et François Hollande de parler de retraites, de hausse des bourses pour les étudiants. Les « Nuits debout », dont tous ou presque sont issus de gauche ? « J’ai eu aussi 20 ans. » Les 60.000 postes d’enseignants qu’il a promis ? Pour lui, « ils sont là ». Or, seuls 5.000 ont été vraiment créés à ce jour. À Antoine Demeyer, cet ancien jospiniste du Nord devenu sympathisant FN, qui l’interroge sur l’immigration massive, l’hôte de l’Élysée répond : « Le Nord a toujours été une terre d’immigration. » Et quand le même interlocuteur lui assène : « Tous les musulmans ne sont pas terroristes et tous les frontistes ne sont pas racistes », le chef de l’État rejette l’argument d’un revers de main. Édifiant.

À chaque fois, il botte en touche, essaie de noyer le poisson, détourne la conversation. Bref, pendant cette émission, tout a été à l’avenant : insipide, fade, plat, décalé. Car du décalage, il y en a entre ce qu’il a dit avoir fait et le (res)sentiment des Français. D’ailleurs, tous les intervenants lui ont répété à un moment ou à un autre : « Mais ce n’est pas ma question, ce n’est pas de ça que je parle. »

Qu’aura-t-on appris, alors ? Qu’il prendra sa décision à la fin 2016 pour se représenter ou pas à l’élection présidentielle ; qu’il y a « 9.000 signalements de radicalisation, que 170 Français sont morts en Irak et Syrie et que 600 (dont 200 filles) y sont toujours » ; qu’il est plus Erdoğan que Bachar ; qu’il aime répéter « Je le comprends, je le sais ». En somme, pas grand-chose qui change la face du pays. Frustrant mais pas décevant parce que François Hollande a été égal et même supérieur à lui-même dans l’indifférence qu’il porte au sort du pays.

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