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Dézinguer Mammon chez sainte Madeleine

 

Pendant deux jours et demi, une centaine de personnes ont pu assister à des enseignements, des débats et des rencontres informelles lors de l’université d’été de la Sainte-Baume organisée par l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon et les frères dominicains de la Sainte-Baume. Le sujet était « Faut-il se libérer du libéralisme ? », indubitablement une bonne question. Même si ce cadre somptueux est plus propice à la contemplation qu’à la réflexion, les journées furent studieuses.

Pas question d’en faire ici une synthèse ou un résumé qui trahirait la richesse de ce qui fut dit, ou de présenter une aride liste des participants. Mais il convient de souligner la grande convergence des intervenants pour voir dans le libéralisme d’aujourd’hui un danger, une sérieuse menace, une cause première du délitement de la société. L’un parle d’apocalypse possible, d’autres voient l’avènement d’une lutte du tous contre tous qui conduirait à un chaos, un autre fait part de son amertume face à des perspectives où la technique confine l’homme dans la solitude et la servitude. Ces différences ne sont que des nuances, le (néo-)libéralisme triomphant d’aujourd’hui est toxique pour l’homme. Une des pistes d’explication part du constat que, sans transcendance, le libéralisme politique se révèle incapable de dire le bien commun par lui-même ; il se défausse du problème sur le libéralisme économique qui ne sait que traduire et trahir ce bien commun en « maximisation des intérêts ».

Problème de curseur ou de nature du libéralisme ? Les avis sont partagés et le diagnostic perd sa belle unanimité. Est-il un seuil de libéralisme en deçà duquel il sert le bien commun (ou tout au moins n’est pas incompatible avec lui) et au-delà duquel il lui est nocif ? Dès lors, les suggestions de thérapie divergent : amodiation ostéopathique pour certains, traitement plus radical pour d’autres.

Il est sans doute essentiel de comprendre que l’impasse anthropologique imposée par le libéralisme est somme toute d’une logique implacable : sacraliser la liberté politique, économique et sociale au détriment de la vérité permet à l’homme de s’affranchir de Dieu et de la morale, puis de la nature, enfin de la culture pour devenir cet homme autoréférent dont rêvent certaines officines. Plus aucune limite ne s’oppose à cette monade qu’il est devenu. Cela ne peut aboutir, in fine, qu’à cette lutte de tous contre tous déjà évoquée.

L’un des intervenants, Guillaume de Prémare, délégué général d’Ichtus, a cité de mémoire Michel Houellebecq :

« Je voudrais retrouver comme un enlacement de douces dépendances. »

Il est évident que les chrétiens doivent prendre ce rôle essentiel qui leur est dévolu dans l’établissement, la défense, la promotion de ces dépendances, de ces limites qui font que nous pourrons éventuellement conjuguer un futur avec ceux qui partagent notre humanité. Rétablir la vérité qui nous rendra (plus) libres.

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