Editoriaux - International - Société - Table - 7 décembre 2017

Tous deux représentaient « une certaine idée de la France » !

Qu’on le veuille ou pas, ce sont deux figures emblématiques de la France qui viennent, à quelques heures d’intervalle, de nous quitter. Le premier, l’aristocrate distingué, habitué des cercles de la haute bourgeoisie française, agrégé et normalien, académicien, journaliste et auteur littéraire à succès. Le second, enfant de la balle et enfant terrible de la chanson des années 60, peu à peu devenu, grâce au talent, une star incontestable et incontestée du rock international. Tous les deux, comme pour nous rappeler que la mort reste sans doute le seul moment de véritable égalité entre les hommes, sont donc partis pour un ailleurs lourd d’inconnu, mais chargé d’espérance. Ironie du sort, il s’en est même fallu de peu qu’ils fassent le chemin ensemble.

Au cours de ces dernières décennies, l’un comme l’autre, mais chacun à sa place, auront largement occupé l’espace médiatique français. Johnny, fort de ses succès musicaux – qui se sont traduits par des millions de disques vendus -, mais aussi à cause d’une vie pour le moins mouvementée, a su s’imposer dans le cœur des Français. Il est devenu, au fil des années, cette icône incontournable qui faisait partie d’un quotidien qu’il était difficile d’imaginer sans lui. Ce fut sa façon à lui de s’imposer de son vivant comme étant devenu immortel. Jean d’Ormesson, quant à lui, s’est d’abord fait connaître d’un public lettré avec des œuvres littéraires qui lui permirent, notamment, de rejoindre l’Académie française, saint des saints pour un auteur en quête de reconnaissance et de notoriété. Mais ce furent surtout ses apparitions télévisuelles qui lui permirent de pénétrer le cercle familial des Français. Son esprit libre, son franc-parler et son sourire souvent moqueur devinrent vite sa marque de fabrique, celle qui lui permettait de transcender tous les clivages d’une société qui n’en manque pas.

À part le moment quasi simultané qu’ils ont choisi pour « tirer leur révérence », difficile, donc, de trouver ce qui pouvait relier ces deux personnalités atypiques. Et pourtant, ne représentaient-ils pas, en fin de compte, « une certaine idée de la France » ? N’étaient-ils pas porteurs de ce que nous avons tous au fond de nous ? Cette envie de grandeur, de liberté, de justesse dans les mots et dans les actes. Ce désir de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, que ce soit en parlant, en chantant ou bien en écrivant.

Dans cette période difficile, où nombreux sont ceux qui perdent leurs repères face à un monde qui se dilue souvent dans les futilités et les absurdités, ces deux géants qu’étaient Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday nous rappellent que la fatalité n’existe pas. Que la vie est un combat que chacun doit mener avec ses moyens et ses talents. Et que fils du peuple ou fils d’aristocrate, seuls comptent l’engagement et la force des convictions. L’un comme l’autre n’en manquaient pas, à chacun de suivre le chemin ainsi tracé.

Cette fin de semaine verra deux hommages rendus à nos chers disparus. L’un aura les honneurs des Invalides, l’autre ceux des Champs-Élysées. Sans doute certains y verront-ils deux façons distinctes d’honorer leur mémoire, l’une populaire, l’autre académique. Mais ne nous y trompons pas, l’endroit sera bien identique chez de nombreux Français, ils seront tous les deux dans leur cœur et leurs pensées. Car si nous avons tous en nous quelque chose de Tennessee, nous avons désormais tous en nous quelque chose de Jean et de Johnny.

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