Editoriaux - Société - 15 novembre 2018

Deux mamans biologiques pour une même fillette ?

Le tribunal de Montpellier devait, ce mercredi, juger le cas de deux femmes réclamant le statut de mère biologique d’une même petite fille. Deux femmes prétendant chacune être la mère d’un même enfant, c’est vieux comme l’Ancien Testament. Vieux comme Salomon, auquel on demande de trancher l’affaire. C’est le cas de le dire, puisqu’il ordonne de couper en deux le bébé et d’en donner une moitié à chacune. L’une acquiesce ; l’autre préfère céder. Le roi fait aussitôt remettre le nourrisson à cette dernière, évidemment la vraie mère.

Rien de nouveau sous le soleil depuis trois mille ans, alors ? Et pas de quoi fouetter un chat, surtout qu’aujourd’hui, avec les tests ADN, même plus besoin de mettre l’amour maternel à l’épreuve. Sauf que l’histoire est en réalité toute différente. Les deux femmes, loin de se disputer la maternité de la fillette, revendiquaient le statut conjoint de mères biologiques. Et les tests ADN auraient sans doute confirmé qu’elle est bien la fille de l’une et de l’autre. Vous n’y comprenez rien ? L’affaire, il est vrai, est assez singulière. Pour le moment, du moins, car bien dans l’air du temps.

Au commencement était un couple tout ce qu’il y a de plus banal, d’autres diront de plus ringard : un homme, une femme. Chabadabada, chabadabada, ils ont deux fils. Mais, en 2011, Monsieur devient Madame. Sans renoncer pour autant à ses attributs virils, ni à leur usage le plus ordinaire puisque, en 2014, un troisième enfant naît de cette union, de manière tout à fait naturelle. Constitué des deux parents biologiques, le couple ne veut pas entendre parler d’adoption. Mais sans homme, argumente-t-il, pas de père : « Les deux femmes, explique L’Obs, demandent alors à être reconnues mères biologiques du nouveau-né. » Ce que le tribunal a sagement refusé, accordant toutefois au parent transgenre le statut de « parent biologique ». En effet, depuis sa naissance, la fillette n’avait officiellement qu’une mère, et pas de père. En cas de décès de la mère ou de séparation, la femme pourvoyeuse de spermatozoïdes (vous suivez ?) n’avait donc aucun droit sur elle. Et, si elle-même mourait, l’enfant n’était pas son héritière. Peut-être aurait-il fallu y penser plus tôt.

À vrai dire, le législateur y avait manifestement pensé. Cet homme n’aurait pas dû pouvoir, en 2011, devenir une femme par le miracle d’une simple inscription à l’état civil puisque, rappelait Le Figaro en mai 2017, « avant le 1er avril 2017, la France ne permettait pas aux citoyens ayant décidé de changer de sexe de le faire officiellement sans avoir subi une intervention stérilisante ». Mais, « saisie par trois plaignants qui s’étaient vu refuser leur demande de modification de leur identité sexuelle à l’état civil pour ce motif, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné l’Hexagone » pour ne pas discriminer les transgenres par rapport aux transsexuels. Cette anomalie est donc devenue la règle.

Comme toujours, la Justice perd son temps à s’occuper de broutilles, ici la fantaisie de quelques hommes qui voulaient simplement être appelés Madame. Comme toujours, au nom d’une prétendue égalité, le législateur est sommé de cautionner tous les caprices d’une poignée d’égoïstes au mépris des conséquences prévisibles. Mais, au fait, à ce train-là, si d’aventure, dans leurs vieux jours, ses bobos de parents se retrouvent dans la dèche, l’enfant devenue adulte pourra peut-être décider de devenir orpheline et arguer de cette lubie pour faire rayer d’un trait de plume, à l’état civil, cette encombrante ascendance afin de ne pas avoir à subvenir à ses besoins.

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