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Deux cauchemars qui reviennent

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Fondateur du NON

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Voilà que deux cauchemars qu’on croyait dissipés par le réveil reviennent en même temps : Nicolas Sarkozy et la Turquie. Ce sont pourtant deux cauchemars contradictoires, car Nicolas Sarkozy était contre la Turquie, si je me souviens bien, du temps qu’il était au pouvoir – contre l’admission de la Turquie dans l’Union européenne, je veux dire. Il l’est peut-être encore, qui pourrait le savoir ? Pas lui, probablement. Il lui faudrait sans doute un sondage pour le dire. Comme il n’a pas la moindre conviction personnelle, il lui faut des sondages pour décider de toutes ses opinions – d’où l’usage pléthorique qu’il en fait : il pense ce qu’il pense être le mieux pour sa carrière, pour ses intérêts, pour les intérêts dont il est le représentant.

Je vois, ne serait-ce qu’ici même, chez ma voisine Mme Artus, qu’il attaque Marine Le Pen sur son physique. « C’est physique », dit-il. Ah, parfait, on a le droit de dire cela ? Quelle libération ! Parce que moi, depuis toujours, quand je pense « c’est physique », je vois Nicolas Sarkozy.

Les gens se moquent de ce pauvre Hollande, de ces pantalons qui tire-bouchonnent et de sa main tendue que personne ne prend. Néanmoins il ne viendrait à l’idée de personne de trouver François Hollande vulgaire ; distingué non plus, bien entendu, et même encore moins. Mais tout de même il faut des moyens, pour être vulgaire. Rien n’est vulgaire pour ce qui n’y est pas. Il faut des montres chères, des réajustements perpétuels de veste et de menton, des dîners au Fouquet’s les soirs d’élection présidentielle (quand on est élu), des vestes qu’on remet en sortant de voiture devant les caméras, des vacances sur des yachts de milliardaire ; ah, et vouloir booster l’Académie française :

« Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour booster l’Académie française ? » demandait le mari de Carla (« avec Carla, c’est du sérieux… ») à Hélène Carrère d’Encausse, qui s’en souvient – moi aussi…

Si je trouve Nicolas Sarkozy plus dangereux encore que François Hollande, et le parti remplaciste de droite, sous sa houlette, plus redoutable même que le parti remplaciste de gauche, c’est que lui peut abuser des patriotes. Personnellement, bien sûr, cette capacité me semble tout à fait invraisemblable. Je n’arrive pas à comprendre une seule seconde comment qui que ce soit qui aurait chevillé au corps l’amour de la France, de ses paysages, de ses visages, de ses ciels, de ses princesses de Clèves et de ses neveux de Rameau, peut compter pour sauver la patrie, et pour lui conserver son peuple, sur ce marchand de cravates dans un parapluie, très protégé par la direction des grands magasins, et qui a vendu cent fois les pires ficelles (à ses électeurs pour se pendre).

Mais peu importe ce que je comprends ou pas. Nicolas Sarkozy a fait perdre cinq précieuses années à la lutte contre le Grand Remplacement, contre la substitution ethnique et culturelle, contre la colonisation du pays. Or, il vient de montrer, à ma grande horreur, que ses vieux tours marchaient encore. Deux ou trois mots d’on ne sait quelle agence-conseil en faveur du repas unique dans les cantines scolaires, et pof, voilà, ça recommence, les antiremplacistes qui votent remplaciste sont de nouveau émerveillés, séduits, frémissants d’amour, de confiance et d’espoir.

Il leur en faut peu. Mais si ce peu leur tient jusqu’à la prochaine élection présidentielle, nous sommes perdus. Je ne dis pas que Nicolas Sarkozy serait pire qu’Alain Juppé, ou que François Hollande, ou que la ravie du métropolitain ; je dis que s’il revient à l’Élysée, nous aurons la double douleur de voir la nation disparaître avec l’aide des ses nationaux, même.

Au fond, mes deux cauchemars ne sont pas si incompatibles que cela. Retour de Nicolas Sarkozy, retour de la question turque, il y a des portes ouvertes entre ces deux mauvais rêves, des frontières-passoires. Quelle importance que l’Empire ottoman soit à Bruxelles, à Vienne, à Berlin, si le royaume arabe est à Poitiers, à Paris, à Londres, à Oslo ? Ils pourront peut-être s’offrir une bonne petite guerre civile, eux, quand ils seront tout à fait les maîtres. Ou bien ce sera un joli conflit mondial entre chiites et sunnites, comme c’est la mode, pour un regard de travers à Barbès, pour une voilée dévoilée dans un arrière-canton d’Ostrogothie méridionale, pour un archi-iman assassiné à Sarajevo ou Bourgoin-Jallieu.

Mais tout de même, pour en revenir à cette semaine, après ces projections à cinq ou dix années d’ici : ce qui rendait le cauchemar turc encore plus affreux que le cauchemar Sarkozy, c’est qu’il avait pour Monsieur Loyal Barack Obama en personne, fouet en main. Le président des États-Unis insiste fermement, cette fois-ci, pour que l’Union européenne accueille la Turquie en son sein. Non mais je rêve, là ! (me suis-je écrié dans mon rêve, indigné). Et aussi : la humillación ! Et encore : ah, si seulement les lecteurs de Boulevard Voltaire ne m’avait pas refusé comme un seul homme l’armée européenne que je leur réclamais il y a trois semaines !

Fondateur du NON

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