Deux ans ferme pour avoir tiré sur des jeunes se trouvant « par inadvertance » chez lui

Il a plus de 80 ans, vit seul dans une maison isolée au bord de la rivière près de Béziers. Parkinsonien, il est sujet aux tremblements et a déjà été cambriolé plusieurs fois.

Dans la nuit du 16 au 17 mars 2011, trois jeunes se retrouvent « par inadvertance » dans sa propriété. Il entend du bruit, prend peur et tire en direction du groupe, atteignant dans le dos, le cou, la face et les jambes un des adolescents. « Je venais de passer une nuit entière sans dormir », explique non sans mal le vieillard. « L’eau montait dans ma propriété alors que la rivière était en crue. J’ai pensé que ces jeunes, qui étaient chez moi, étaient en train de me voler. »

Il vient de passer au tribunal pour violences aggravées.

À la barre, il a du mal à se tenir debout, souffre le martyre, s’explique avec peu de mots : ancien travailleur social, il n’a pas l’habitude de ce genre d’endroit. « Alors j’ai pris le fusil, je l’ai chargé avec des cartouches en plastique et j’ai tiré, en l’air, puis à l’horizontale. Je ne suis pas raciste, je ne les ai pas visés. » Mais, daltonien, il a confondu plastique et petit plomb.

Deux des victimes – la troisième ne s’est pas présentée – témoignent ensuite. Celui qui a été touché précise : « Je ne vis plus depuis les faits. J’ai des plombs dans tout le corps. Je fais aussi des cauchemars. » L’autre, qui s’en est sorti indemne, très énervé, ne tenant pas en place, annonce : « Il vous a raconté n’importe quoi. Il a voulu nous tuer. Nous, on est des gens honnêtes. »

Les deux avocats de la partie civile vont plaider pour récupérer de l’argent afin de dédommager l’un de la frayeur qu’il a éprouvée (oui, vous avez bien lu) et pour l’autre, le plus touché, de son préjudice physique.

Angélique Depetris, le procureur, droit dans ses bottes étatiques, requiert un an de détention. « Il est à lui tout seul un magnifique spot publicitaire pour la lutte contre la prolifération des armes à feu. C’est aussi un véritable fléau que d’imaginer qu’on a une arme chez soi pour se défendre. Il a été un danger pour notre société. » Vous avez donc bien compris, bonnes gens, il est interdit de se défendre chez soi, dixit le procureur !

L’avocat du prévenu a bien tenté d’expliquer que les trois « jeunes » étaient venus pour le voler, qu’ils n’avaient rien à faire chez lui, que son discernement était amoindri par la nuit blanche et la crue de la rivière : peine perdue. La présidente du tribunal est restée insensible aux faits et à l’âge du prévenu. Elle a condamné le vieillard à deux ans ferme. Oui, vous avez bien lu : deux ans ferme.

« Une peine sévère », avoue la présidente, « car le tribunal est inquiet de ce qui peut encore arriver… rien ne justifie de tirer sur quelqu’un avec une arme à feu. »

Cerise sur le gâteau : il devra verser 6.500 € de provision de préjudices à la victime la plus touchée. Le Midi Libre, qui a publié via Internet un article sur cette affaire, n’a pas jugé bon de laisser s’exprimer les internautes. En bas de page, on trouve simplement : « Les commentaires sont fermés pour cet article »… Il a raison, le Midi Libre, parce que, vu la rage qui m’envahit quand je lis cette histoire, mes commentaires n’auraient sûrement pas été politiquement corrects…

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