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Des listes électorales

 

Pour qu’un pays puisse être considéré comme démocratique, il faut que des élections y soient organisées de temps à autre afin de désigner des élus ou pour répondre à une question lors d’un référendum, voire une votation chez nos voisins suisses. Cela suppose une mobilisation de citoyens. Une armée de scrutateurs et d’assesseurs tente, pour la plupart d’entre eux, d’encadrer honnêtement le déroulement du vote. Grâce à eux, les scrutins peuvent être sincères et conformes aux prescriptions de la loi. Il faut aussi mettre en œuvre une certaine logistique : des bulletins, des enveloppes, des isoloirs, des urnes et des listes électorales. Ces dernières ont pour rôle primordial de dire qui peut voter dans un bureau, et leur émargement empêche que deux votes soient émis pour un et un seul électeur.

Il faudrait, dans l’idéal, que chacun vote là où il réside, mais les exceptions sont légion. Il y a le provincial émigré dans une métropole mais qui, par fidélité, refuse de voter ailleurs que dans son village d’origine où il dispose d’une résidence secondaire. Il y a aussi les jeunes actifs ou les étudiants, qui changent de domicile une fois par an et qui préfèrent rester inscrits chez leurs parents, parce que c’est une adresse permanente. Et il y a ceux qui oublient de notifier leur changement d’adresse afin de mettre à jour les listes électorales. D’après Le Monde, une seule personne sur cinq effectuerait cette démarche. Sept millions d’électeurs seraient, ainsi, mal inscrits en France, avec une adresse erronée. Pour voter, ils ont le choix entre anticiper et établir une procuration ou faire des kilomètres le jour venu. C’est dissuasif et l’abstention y gagne sans doute des pourcentages.

Certains déplorent que la réinscription ne soit pas automatique en cas de changement d’adresse. C’est peut-être techniquement possible en croisant des fichiers fiscaux avec ceux des mairies, mais dès lors que deux bases de données nominatives envisagent de s’échanger des informations, les levées de boucliers vindicatives fleurissent promptement. Le Français n’aime pas plus être fiché que fliqué, même si c’est pour lui rendre service.

L’objectif de la lutte contre le niveau d’abstention est, certes louable, mais est-il incongru de souligner que la citoyenneté confère aussi des devoirs, que s’inscrire sur les listes électorales n’est pas un prix démesuré pour disposer du droit de vote ? Bref, il convient de rendre chacun responsable du bon fonctionnement de ce qui reste de démocratie chez nous. Cela passe par s’informer sur la vie civique et faire ce qu’il faut quand il le faut. Les caprices d’enfants trop gâtés pourraient être mal vus des pays où les processus électoraux sont des mascarades. Ceux où les urnes pleines sont jetées à la mer et où le plus fort gagne l’élection. Dans une bande dessinée, cela fait sourire, mais dans la vraie vie, c’est glauque.

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