Editoriaux - Livres - 18 août 2018

Des lectures pour l’été : Vos jours sont comptés de Miklós Bánffy, 1934 .

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Est-il bien raisonnable de suggérer la lecture d’un roman hongrois de 750 pages ? Circonstance aggravante, il s’agit du premier volume d’une trilogie, La Chronique transylvaine.

Oui, car Miklós Bánffy est un merveilleux conteur, et il est surprenant qu’il ait fallu attendre 2010 pour la première traduction française de ce superbe roman.

Nous sommes au début du XXe siècle dans le monde de l’aristocratie hongroise. Balint Abady, jeune député au Parlement de Budapest, se rend à un bal en calèche après une longue absence. Il se fait dépasser régulièrement par les autres invités, ce qui permet à l’auteur de nous les présenter. Il y en a beaucoup, mais le lecteur ne se perd pas car il comprend vite que quatre personnages vont être le centre du roman : outre Balint, la jolie Adrienne Miloth, récemment mariée (fort mal) et dont Balint s’éprend après des années d’amitié innocente, du moins veut-il s’en persuader : « Il ne fait aucun doute que la beauté d’Adrienne y était pour quelque chose, mais Balint avait le sentiment qu’elle ne lui plaisait que de manière objective, comme un joli bijou ou comme un bronze exquis. »

Laszlo, quant à lui, est le cousin de Balint. Il est amoureux de la délicieuse Klara, avec qui il a passé une partie de son enfance. Il n’ose lui parler et c’est elle qui va devoir se déclarer : « Un joyeux bavardage, des pas vifs. Peter et Magda regagnent le salon rouge. Puis d’autres, légers, que Laszlo reconnaît, qui se rapprochent. Son cœur se serre. Klara ! Il hésite, il veut poser sa question. Mais avant qu’il n’ait ouvert la bouche, elle se tourne vers lui lentement, très lentement, et quand ils sont enfin face à face, elle le regarde droit dans les yeux, sans rien dire. Comme si c’était elle qui lui demandait quelque chose.
Pendant quelques instants, ils restent ainsi debout l’un près de l’autre. Klara regarde toujours Laszlo dans les yeux. Puis elle se détourne, lentement, et de son pas léger, furtif, elle se dirige vers le salon. Il la suit. L’occasion est passée. »

Ces deux amours vont être le centre du roman autour duquel gravite l’aristocratie hongroise, qui se passionne pour la politique, vitupère contre Vienne, dont elle dépend, et s’accroche à ce monde ancien. Mais elle est si légère ! Elle aime trop les bals, le jeu et les duels absurdes.

C’est pour cela que ses jours sont comptés.

Les deux autres volumes, Vous étiez trop légers et Que le vent vous emporte, sont tout aussi réussis et nous rapprochent progressivement de la guerre de 14 et de la fin du bel empire.

Les titres choisis par Bánffy sont inspirés d’un épisode de la Bible, dans le Livre de Daniel : lors du festin impie donné par le roi Balthazar alors que les Perses font le siège de Babylone, une main apparaît et trace sur le mur ces trois mots : Mane, Thecel, Pharès. Le roi fait appeler Daniel, dont la science est réputée, pour qu’il lui explique le sens de ces mots inconnus et le prophète dit : « Mane : Dieu a compté ton règne et y a mis fin. Thecel : tu as été pesé dans la balance et trouvé léger. Pharès : ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses. »

Partez découvrir Banffy, vous ne regretterez pas ce magnifique voyage transylvain.

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