Editoriaux - 11 août 2018

Des lectures pour l’été : Les 40 jours du Musa Dagh de Franz Werfel, 1936.

Musa Dagh est la montagne de Moïse. C’est là que, pendant quarante jours, quelques milliers d’Arméniens se sont réfugiés et ont résisté contre les assauts des Turcs qui, sur tout le reste de l’Empire ottoman, exterminent le peuple arménien.

Nous sommes donc en 1915. Les Jeunes-Turcs ont décidé de purger leur sol de ces chrétiens des premiers siècles, si entreprenants et si travailleurs.

Alors, les soldats turcs vont de village en village et, en quelques heures, emmènent la population sur les routes où les faibles seront abattus et les femmes violées. Ceux qui arrivent au bout du voyage mourront de faim dans les camps des déserts syriens et irakiens.

Mais à Yoghonoluk, près d’Antioche, il y a Gabriel Bagradian. Il arrive de Paris, avec sa femme française et leur fils, pour prendre possession du riche domaine familial dont il vient d’hériter.

Il comprend ce qui va se passer et refuse d’aller à l’abattoir : mourir oui, mais en se battant ! Avec l’aide du patriarche Ter Haigasoun, Gabriel va organiser la résistance. Il sait où aller car il a passé son enfance au pied de ce massif montagneux dont l’accès difficile permettra d’organiser un camp retranché.

Les Arméniens partent avec des armes et des provisions, et s’organisent : « On peut constater, et non sans émotion, que cette minuscule humanité de 5.000 âmes refaisait en un clin d’œil la longue route de la civilisation. Ni la mort, de tous côtés inévitable, ni le plus complet dénuement n’arrivaient à éteindre en eux les besoins plus relevés, le désir de religion, d’ordre, de raison, d’élévation spirituelle. »

Et pendant quarante jours, ils vont se battre.

Issu de la bourgeoisie juive allemande de Prague, Franz Werfel s’est très tôt converti au catholicisme. Sensibilisé au génocide arménien après un séjour en Syrie, il décide de lui consacrer un livre. Et quel livre…

Au cours de 900 pages d’une écriture dense et superbe, Werfel nous offre une fresque magnifique, la plus belle écrite sur ce drame que les Turcs nient toujours.

Vous n’oublierez jamais Les 40 jours du Musa Dagh.

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