Editoriaux - 6 août 2018

Des lectures pour l’été : Le Flagellant de Séville, de Paul Morand (1951)

Boulevard Voltaire vous propose, pour l'été, des idées de lecture hors des sentiers battus, avec notre contributeur Antoine de Lacoste.

Ce roman historique commence par une procession de flagellants le Vendredi saint, à Séville. Pendant presque vingt pages, nous suivons ce spectacle magnifique et oppressant que Paul Morand décrit avec une précision clinique. La procession est somptueuse et se termine par une scène de flagellation où le maître de cérémonie exige de ses frères de ne pas l’épargner afin de mieux expier ses péchés. Enfin, les pénitents se dispersent. Ils recommenceront l’année suivante.

Sans transition, le récit démarre et nous accroche aussitôt par son écriture rapide et nerveuse où Paul Morand excellait.

Les troupes napoléoniennes occupent l’Espagne. La France a décidé de déposer les Bourbons et d’installer Joseph, frère de Napoléon, sur le trône. Cela au nom des idées nouvelles, pour mettre fin à un régime absolutiste. Don Luis, jeune et brillant aristocrate espagnol, approuve ce changement. C’est un voltairien, il admire Napoléon et veut une Europe nouvelle sous sa férule. Naïvement, il pense que l’Espagne applaudira car le Bourbon n’était guère aimé. Hélas, « les peuples aiment bien chasser leurs maîtres, mais n’entendent pas que l’étranger le fasse pour eux » et la tragédie espagnole va se mettre en place.

Don Luis est un homme heureux : il a épousé la plus belle femme de Séville, Maria Soledad, avec qui il file le parfait amour. Elle est très pieuse, contrairement à son mari, et pour elle le Français est un révolutionnaire, donc un suppôt du diable. Des émeutes éclatent à Madrid et des soldats français sont tués. La répression est terrible, des milliers de Madrilènes sont abattus, fusillés, égorgés, y compris des moines et des religieuses. Tout Séville est dans la rue. « Mort à Napoléon ! »

Progressivement, Don Luis soutient très activement le nouveau roi et se coupe de ses amis. Maria Soledad fait l’inverse, au nom de Dieu et de l’Espagne, et se rapproche de la guérilla. Elle est, en outre, persuadée de la défaite française : « La guerre a aimé les généraux français tant qu’ils étaient des espèces de brigands ; mais depuis qu’ils collectionnent les duchés, elle ne les aime plus. Nous chasserons les Français. »

Aucun répit dans cette histoire somptueuse dont le dénouement est terrible. La procession du début prendra tout son sens et le lecteur referme le livre, impressionné par ce qu’il vient de lire.

Lisez ce roman flamboyant.

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