Editoriaux - Justice - Politique - Table - 7 mai 2017

La déroute de Marine Le Pen : une chance pour l’éclatement de la droite

On a jugé possible une émission (« L’Émission politique », France 2) sur les « deux France » avec d’abord un débat où quelques voix qualifiées de grandes ont cherché à nous éclairer sur la réalité de cette dualité qui oppose, pour reprendre l’analyse de l’essayiste anglais David Goodhart, les gens de « quelque part », les oubliés, et les gens « de partout », les mondialistes. On a oublié, pourtant, de convier dans cet aréopage Éric Zemmour, Michel Onfray, Alain Finkielkraut ou Denis Tillinac. Excusez du peu !

Derrière la charge anti-FN de tel ou tel – elle aurait manqué, on y est tellement habitué -, on a entendu, globalement, des propos assez débilitants, comme si l’avenir était bouché et le présent insupportable. Est-ce si sûr ?

Imaginons.

Emmanuel Macron est notre nouveau président de la République avec un score éclatant et le Front national (FN) n’a pas atteint la barre des 40 %. Une victoire nette qui a beaucoup plus de sens et de légitimité que celle de 2002.

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Continuons à imaginer.

La prestation lamentable de Marine Le Pen, au soir du 3 mai, constatée par une forte majorité de Français et déplorée même au sein du FN, aboutit à une mise en cause de la présidente dont l’aura, la compétence, la connaissance des dossiers et la capacité d’apaisement se sont avérées catastrophiques. Pourquoi le FN échapperait-il aux bouleversements des partis classiques ? On peut concevoir que Florian Philippot ou Marion Maréchal-Le Pen tirent prétexte d’une lourde défaite pour suggérer d’autres pistes, une autre stratégie et une autre tactique. D’autant plus que l’un ou l’autre n’auraient pas pu faire pire lors de la confrontation avec Emmanuel Macron ! Une ouverture plus qu’une fermeture.

Les élucubrations et les variations sur l’euro qui ont été dévastatrices seraient abandonnées ou, en tout cas, imposeraient une clarification qui pourrait laisser Florian Philippot seul de son avis et donc favoriser Marion Maréchal-Le Pen.

Celle-ci, qui mêle un conservatisme réfléchi et structuré à une vision économique, financière et européenne plus orthodoxe et, par ailleurs, jouit d’un talent médiatique et d’une apparence plus consensuelle, porterait à son terme une entreprise de dédiabolisation largement engagée par sa tante.

Il faut oser imaginer.

Ce que cette campagne présidentielle, que j’ai jugée passionnante, nous a appris – c’était ostensible et les querelles et dissensions éclatantes – tient au fait que la droite classique doit se diviser par intelligence et cohérence ou disparaître. Si elle prétend demeurer telle quelle avec la guerre permanente en son sein, à force d’ambiguïtés, ce sera sa mort.

Comme l’a très lucidement souligné Denis Tillinac, à l’évidence la « droite libérale tendance libertaire » pourrait rejoindre Emmanuel Macron et on retrouverait, par exemple, dans ce centrisme élargi jusqu’à la gauche modérée Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, François Baroin, NKM et d’autres encore.

Mais une autre droite, « attachée à la mémoire longue, à un certain respect des traditions, à la protection de la famille, à un refus du multiculturalisme, à un minimum de souverainisme », et par ailleurs ferme sur le plan de la sécurité, du terrorisme et de la Justice – elle existe déjà -, serait alors fondée enfin, sans être vilipendée, à mettre en œuvre une union des droites incluant un FN rénové avec un autre nom, d’autres perspectives, et plus soucieux de cumuler des forces que de s’en tenir à une hostilité, à une indépendance contre-productives.

Il n’y aurait rien de scandaleux dans cette remise en ordre de ce côté du paysage politique français.

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Encore un peu d’imagination…

Avec l’instauration du scrutin proportionnel, toutes les familles partisanes seraient représentées et nous cesserions pour de bon de nous détruire l’humeur en semblant reprocher au FN de monter grâce au peuple et à la démocratie sans aucune velléité, par ailleurs, de l’interdire.

Rien de plus absurde, alors, que de continuer à diaboliser dans le vide. […] Le FN a fait plus que perdre des plumes. Sa déroute est une chance historique pour sa métamorphose et l’éclatement salutaire de la droite.

NDLR : article rédigé avant les résultats.

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