Editoriaux - Santé - Société - 31 mai 2018

Dérembourser le traitement d’Alzheimer ?

Avec l’annonce du déremboursement des quatre médicaments traitant les symptômes de la maladie d’Alzheimer par Agnès Buzyn, ministre de la Santé, une nouvelle polémique surgit.

À vrai dire, il y a des années que la plupart des généralistes sont pour le moins perplexes sur les effets de ces produits, que beaucoup ont fini par considérer comme des quasi-placebos. Aujourd’hui, le ministre enfonce le clou en rappelant qu’ils ont été « jugés néfastes, nocifs et dangereux par la Haute Autorité de santé à deux reprises ». Parce qu’en plus de la modestie de leur efficacité, ils ne sont pas dénués d’effets secondaires à type « d’accidents, de chutes, de dégradation de l’état des personnes », et qu’avant de prescrire n’importe quelle thérapeutique, y compris chirurgicale, il faut toujours soupeser le risque pris face au bénéfice attendu.

Finalement, pour beaucoup, le remboursement de ces produits n’avait plus pour seul intérêt que celui de préserver un lien entre le médecin traitant et le patient, que l’on pouvait ainsi intégrer dans un parcours de soins multidisciplinaire comportant psychologue, orthophoniste, ergothérapeute, etc., dont le bénéfice, lui, n’est pas douteux.

Mais pour les gériatres, psychiatres et neurologues, la pilule (c’est le cas de le dire) a du mal à passer. Ils rappellent que, dans tous les pays comparables au nôtre, ces produits (Aricept, Ebixa, Exelon et Reminyl) font toujours partie des standards of care, c’est-à-dire de la prise en charge habituelle. Tandis que leurs sociétés savantes viennent de publier un communiqué très clair : « Selon plusieurs méta-analyses, les médicaments symptomatiques qui pourraient ne plus être remboursés demain ont prouvé leur efficacité sur la cognition dans la maladie d’Alzheimer, la maladie à corps de Lewy et la démence de la maladie de Parkinson. »

Sans doute soucieuse de pallier toute interprétation malveillante, Mme Buzyn prend soin de préciser que « cette mesure de déremboursement n’est pas liée au prix de ces médicaments, ce n’est pas du tout une mesure budgétaire ». On veut bien la croire, mais l’assurance maladie déboursant près de 100 millions d’euros par an (auxquels il faut ajouter la part des complémentaires) pour ces produits, on voudrait être sûr que, comme elle le dit, elle réservera « ce bien commun qu’est l’assurance maladie à ce qui fonctionne et qui ne fait pas de mal », en mettant « cet argent sur un accompagnement ». Lequel ne serait autre, si l’on comprend bien, que le parcours de soins multidisciplinaires.

Acceptons-en l’augure, quoique souvent échaudés (comme avec l’argent des amendes) par ces « tranferts » annoncés dont une bonne part se perd régulièrement dans les sables de Bercy…

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