Le dérapage de Christophe Billan

Avocat
 

Partira, partira pas ? Sens commun perdrait-il le nord ? C’est, en tout cas, ce que laisse penser l’actualité récente d’un mouvement tour à tour diabolisé par la bien-pensance, ridiculisé par les médias et incapable de trouver sa place au sein d’une ex-UMP qui tarde à se fracturer.

Son président, Christophe Billan, a donné un entretien au magazine L’Incorrect – qualifié d’ultraconservateur par un âne nommé Marc de Boni dans Le Figaro. Tout au long de propos qu’on aurait tort de jeter en bloc, il oscille entre l’affirmation de principes solides et la volonté de rester dans un appareil où il est persuadé d’avoir enraciné des idées. Ce en quoi il se fourre le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Critique vis-à vis-de la frange libérale centriste du mouvement – Maël de Calan y est décrit comme l’archétype du suivisme et du cynisme en politique -, il n’épargne pas non plus un Front national dont il déplore l’étatisme de gauche, l’approche étriquée de la famille et la vision radicale de la laïcité. Soit la définition du philippotisme. Il y a, c’est vrai, quelque chose de réjouissant à lire de tels propos qui pourraient laisser espérer que Sens commun est prêt à franchir le Rubicon d’une recomposition de la droite.

Mais la suite de l’histoire est écrite. À propos de l’élection du président du mouvement, il ose évoquer Julien Aubert dont la personnalité lui semble « intéressante ». Mais c’est pour rassurer aussitôt le bourgeois : Laurent Wauquiez reste le favori. Nul doute que Sens commun, qui dit réfléchir, lui apportera son soutien. En somme, la reprise de l’épisode Fillon : plutôt que d’affirmer ses valeurs en soutenant un candidat de conviction – Jean-Frédéric Poisson hier, Julien Aubert aujourd’hui -, le courant conservateur de LR s’engagera derrière celui qui a le plus de chances de gagner. On sait comment cela s’est terminé à la présidentielle…

Néanmoins, plus bas, l’homme « dérape ». Il ose affirmer que son mouvement a parlé avec Marion Maréchal-Le Pen. Et déclare sans complexe : 

« Le problème de Marion Maréchal-Le Pen reste le nom Le Pen et non la plupart de ses idées. […] Si Marion Maréchal-Le Pen vient demain avec ses idées rejoindre une plate-forme, cela ne me posera aucun problème. Mais si elle est plus Le Pen que Marion, j’aurai un souci. »

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L’homme de droite applaudit à deux mains. Voici exactement ce dont a besoin notre pays : un rassemblement de gens capables de se parler, d’assumer leurs différences tout en restant unis sur une base philosophique et anthropologique commune. Et, contrairement à sa tante, Marion en est capable. C’était sans compter avec la grande peur des bien-pensants : dès le lendemain, Wauquiez déclarait, l’air sombre et grandiloquent :

« Si je suis élu, notre ligne sera très claire : aucune alliance avec le FN, et tous ceux qui ne partagent pas cette ligne ne pourront pas intégrer mon équipe.

Bernard Accoyer en remettait une couche :

« Je rappelle à M. Billan qu’il n’y aura jamais d’accord politique, programmatique ou d’autre nature avec l’extrême droite ou leurs élus. Cette ligne rouge infranchissable s’applique strictement à tous les mouvements associés. »

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Comme si Billan avait prôné une alliance LR-FN…

Et ce qui devait arriver arriva. Sens commun est rentré prestement dans le rang, en publiant un communiqué : « Non ! Sens commun ne tend pas la main au Front national. » Fermez le ban.

Tenez-le-vous pour dit, avec une telle « droite », les macrono-libéraux sont au pouvoir pour dix ans au moins. Désormais, Sens commun n’a qu’une chose à faire : sortir de cette pétaudière, et vite. Car, comme le disait un certain Michel Noir, il y a maintenant trente ans, il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme.

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