Déradicalisation : tout et n’importe quoi !

 

Dans Le Figaro daté du 9 août, le candidat à la présidentielle Geoffroy Didier, LR, se soucie de détecter les « radicalisés » à l’école. « De façon précoce », dit-il. On se demande si le petit garçon et la petite fille qui ne veulent pas s’échanger une Dinky Toys contre une poupée Barbie entrent dans cette précocité. On pourrait songer, aussi, à des dépistages prénataux… Si le garçon est en position de la prière, hop ! Une IVG vite fait, ni vu ni connu. Envisage-t-il même de stériliser de force tout barbu méditerranéen ou toute voilée du ciboulot ? Il faudrait lui poser la question.

La stupidité des tests proposés par ce jeune vice-président du conseil régional d’Île-de-France interpelle sur le bon sens de ces gens. On veut « observer les comportements » – ça donnera du travail aux délateurs… Celui qui ne voudrait pas jouer au foot avec les filles serait taxé de… de quoi, au fait ? De tendance radicale ? Radical de gauche ou radicalement homosexuel ? Ah non, j’ai dû me tromper. Puis on passerait un test de radicalisation. Comme celui d’une matière islamique enseignée en Seine-Saint-Denis, ou combattue à Versailles – je ne sais pas trop.

Il s’agirait d’un « interrogatoire » (« Vive les résistants ! » aurait dit Coluche) par lequel on pense « interrompre le processus ». Rien de moins. Serait-ce en coupant le Coran ? « On veut protéger l’individu et sa famille. » Il faudra vous lever tôt, mes chéris ! « Déradicaliser » les familles du sein desquelles sortent tous ces gentils garçons qui n’avaient pas montré le moindre signe avant l’attentat… De « l’eau corante » coulera sous les ponts avant qu’on y parvienne. Penser qu’on effacera des années d’éducation chez l’enfant par quelque tour de magie incantatoire ? Geoffroy Didier devrait relire Françoise Dolto : « Tout se joue avant 6 ans. » Alors à douze, au collège, on peut toujours rêver, ou cauchemarder.

Tout cela s’approche des propos de Nathalie Goulet, sénatrice UDI-UC de l’Orne, qui veut « professionnaliser la déradicalisation. On pourrait même imaginer la création d’un diplôme universitaire… », dit-elle. « Quitte à investir de l’argent public, autant contracter avec des professionnels auxquels on donnera des obligations de résultat. » On tremble à l’idée que ceux-ci ne soient pas atteints… À qui faire procès, dans ce cas ? Qui enfermer ? L’éducateur échouant ou le radicalisé récalcitrant ? On voit d’ici les gros titres au cinéma, avec Arnold Schwarzenegger : « Le déradicalisateur ! » On mettrait un petit « s » sur la fiche des mineurs. Et un « S » majuscule pour les majeurs ? Sûr qu’ainsi, on serait en sécurité. Avec un petit « s », je vous prie.

Demandons à l’Académie, s’il vous plaît, de faire cours de sémantique au Parlement : la radicalité n’est pas nom d’une doctrine, mais celui d’un verbe ou d’un adjectif désignant un comportement. Elle est en essence intégralement contenue dans les religions et dans leur enseignement. Radicalité musulmane, radicalité catholique, radicalité athéiste. La nôtre, catholique, est celle de l’amour. Celle de l’islam est celle de l’obligation.

Ici, ces politiques en mal de reconnaissance se préoccupent des effets, en se cachant derrière leur petit doigt pour ne pas désigner la cause, ne pas employer le mot identifiant le mal. Refuser d’en identifier la source, de la soigner et de l’éradiquer ne mènera à rien. Mme Goulet, M. Didier, zéro sur vingt. Vous repasserez…

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