Editoriaux - Santé - 12 janvier 2018

Le député Olivier Véran s’attaque au numerus clausus… mais à dose homéopathique !

En s’attaquant au numerus clausus « qui empêche les jeunes Français de faire médecine en France », le député Olivier Véran (passé du PS à LREM) enfonce une porte grande ouverte depuis vingt ans. Et bien que neurologue, l’actuel rapporteur général de la commission des affaires sociales semble plutôt adepte de l’homéopathie, puisque le nombre de places en médecine augmentera cette année de… 1 % ! Il est douteux que, face à l’accroissement de la population et des maladies chroniques dues à son vieillissement, ainsi qu’au départ en retraite de milliers de médecins d’ici trois ans, cette dose soit de nature à repeupler les « déserts médicaux ». D’autant qu’on n’en verra les effets que dans dix ans. En revanche, le ministre de la Santé Agnès Buzyn semble, elle, avoir compris le problème : « Les déserts médicaux, ce n’est pas qu’une question de quantité de médecins, mais de façon d’exercer la médecine. » Excellent diagnostic, chère consœur : c’est le temps à consacrer aux malades plutôt qu’à autre chose qui manque.

À l’hôpital, des gens issus du management non médical ont mis la main sur le soin. Oui, l’argent est le nerf de la guerre, mais le taylorisme qui empile une somme d’acteurs cloisonnés ne marche pas pour la santé et crée le contraire d’un parcours cohérent pour le patient. Les administratifs discutent interminablement de ce que devraient faire les autres, et en particulier les médecins. Réunionite, ingérences permanentes et injonctions paradoxales aboutissent à une seule incitation : respecter les données chiffrées. Ceux qui n’ont pas une âme de fonctionnaire se détournent donc de l’hôpital et, comme les enseignants, partent pour le privé. D’où l’afflux de médecins étrangers à compétences inégales, mais moins chers et plus malléables. À Dreux, par exemple, 102 médecins à diplômes français, 68 à diplômes étrangers, issus de 21 pays différents.

En exercice privé, le licou est tout aussi serré, quoique d’une autre nature. La liste serait trop longue des administrations qui vous imposent de prolonger vos journées avec des tâches débiles. Or, il est vingt heures passées et vous faites une dernière visite chez un vieux couple. Vous comprenez vite que la dame doit être hospitalisée d’urgence. Ça peut prendre… un certain temps ! Problème : le mari alzheimérien ne peut en aucun cas rester seul, il faut le placer aussi (bonne chance !). Vous y êtes arrivé mais, j’oubliais : ils ont un chien… Qui va s’en occuper ? Question subsidiaire, à quelle heure vous coucherez-vous ? Ce genre de vie, les médecins d’aujourd’hui n’en veulent plus. Nés sous Mitterrand, ils veulent les 35 heures, les RTT et… les congés maternité, puisque la profession se féminise à grande allure. Moins de 10 % des jeunes médecins s’installent donc en ville. Le combat pour la parité, à compétences égales, est certes légitime. Mais tant que les filles travailleront mieux au lycée que les garçons, peupleront aux deux tiers les facultés de médecine et seront les seules à fabriquer des bébés, il en faudra longtemps deux pour assurer la même productivité médicale qu’un de leurs prédécesseurs masculins. C’est comme ça…

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