La première guerre sexuelle mondiale aura bien lieu

Journaliste et essayiste
 

« L’humanité est-elle en train de vivre la première guerre mondiale sexuelle de son histoire » ? C’est sur cette interrogation que s’ouvrait un livre que nous avons publié en 2009, L’islam, le sexe et nous, qui analysait le choc entre Islam et Occident à travers le prisme de l’identité sexuelle. Les événements de la Saint-Sylvestre sont venus brutalement rappeler cette réalité refoulée : la principale ligne de fracture entre « eux » et « nous » est centrée sur la question sexuelle.

C’est bien, en effet, sur la question de la condition féminine et de la représentation du corps que le refus du monde musulman à l’égard de l’Occident est le plus manifeste. Celui-ci rejette en bloc l’étalage de l’intimité physique et psychologique entre les sexes et l’affirmation de leur égalité de condition.

Le processus de déconstruction des identités sexuelles, qui est devenu la marque de fabrique de notre modernité idéologique, percute de plein fouet le mouvement de refondation identitaire du monde musulman, largement construit sur une volonté de séparation des sexes. Tout se passe, comme si, à l’obsession du dévoilement de l’intime (physique et mental) répondait celle d’un « envoilement » construit sur le refoulement des représentations physiques de la femme.

C’est dans ce contexte psychique et culturel qu’il faut replacer les événements de la nuit de Cologne : une masse masculine, énervée par la frustration sexuelle, coupée de tout lien et de toute complicité avec l’univers féminin, qui ne peut concevoir l’approche de la femme – hors des codes répressifs du cadre patriarcal – que comme une prise de possession brutale. À ce propos, faut-il rappeler la déclaration de l’imam de la mosquée Al-Tawid de Cologne, affirmant, sans gêne apparente, que « les événements de la Saint-Sylvestre sont survenus par la propre faute de ces femmes, parce qu’elles étaient à moitié nues et qu’elles portaient du parfum… »

Mais quelle que soit l’image dégradée de la femme occidentale aux yeux de nombre de musulmans, le point déterminant de cette confrontation ne renvoie pas d’abord au rapport homme/femme mais au rapport homme/homme. Ce que signifient les agressions de ces hommes en bande, c’est d’abord la volonté de prise de possession d’un territoire qui n’est plus dominé par l’ordre masculin, un territoire où l’agressivité de l’honneur masculin qui contrôle et protège les femmes de la convoitise de l’homme extérieur a disparu.

Le message lancé par les délinquants sexuels de la Saint-Sylvestre est un message de conquête à l’égard d’un monde occidental perçu comme dévirilisé. Cette dévirilisation se juge d’abord à l’aune de l’accessibilité, supposée facile et sans risque, des femmes occidentales.

Cette polarisation symbolique entre un islam masculin, et donc conquérant, et un Occident féminin, donc bon à conquérir, campe un paysage malsain et explosif. Elle renvoie au point de tension le plus fort entre les deux ensembles : celui où, comme tout ce qui relève du sexuel, la construction fantasmatique est la plus propice à se déployer. Il semble désormais bien difficile d’échapper aux dangers de cette dérive des continents civilisationnelle autour de la question sexuelle.

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