Editoriaux - Polémiques - Politique - 29 août 2018

Démission de Nicolas Hulot : la logique est respectée

La démission de Nicolas Hulot relève du comique de répétition. C’est l’histoire sans fin des écologistes qui ne parviennent à faire valoir que l’impératif écologique doit devenir la priorité des gouvernements. Pourquoi ? Parce que malgré les progrès technologiques, le développement économique, qui demeure le seul grand projet politique, est incompatible avec la mise en œuvre de politiques environnementales sérieuses. L’affirmer ainsi ne relève pas d’une posture idéologique mais d’un constat : plus une société se développe et plus elle induit une dégradation de la situation environnementale. C’est pour cette raison qu’en termes d’environnement, essuyer une bonne crise économique est incommensurablement plus efficace qu’organiser des conférences internationales pour sauver la Terre.

Au lieu de révéler cette vérité, une grande part des écologistes a préféré soutenir l’idée d’un développement durable qui, pour ces temps de crise écologique, est l’équivalente de ce qu’était la théorie de la balle magique pour l’assassinat de Kennedy. La chose est théoriquement possible, mais les arguments qui servent la démonstration laissent dubitatifs. Ainsi, un peu à l’image de la droite qui est restée si longtemps sous l’emprise culturelle de la gauche, les écologistes ont renoncé aux fondamentaux de leurs convictions pour embrasser des idées qu’ils n’auraient jamais dû faire leurs. Ils ont ainsi arrêté de souligner le péril que constituait l’explosion démographique humaine pour complaire aux « humanistes » de tous bords, embrassé les causes tiers-mondistes par peur d’être accusés de se réjouir de la misère d’autrui et se sont associés, pour éviter d’assumer fièrement leur part de conservatisme, à cette gauche « progressiste » décrétant grande cause nationale la délétère satisfaction de tous les caprices.

Au fond, les écologistes n’ont jamais su être à la hauteur de la cause qu’ils ont choisi de défendre. À leur image, durant deux décennies, Hulot a poursuivi l’entreprise d’euphémisation de la transition écologique comme lorsqu’il fit inscrire au fronton du ministère que celle-ci devait être aussi « solidaire ». Il faut dire que l’édulcoration a son utilité. Les actes forts que l’on demande aux gouvernants, il faut être capable de les accepter en tant que gouvernés. Or, les écologistes sont des hommes ordinaires qui, comme tout un chacun, recherchent le confort et poursuivent la satisfaction de leurs intérêts égoïstes. Il n’est donc pas inutile d’embrasser, en même temps que l’écologique, toutes les causes progressistes. Ainsi, on peut continuer de jouir encore un peu du confort du présent en attendant de manière feinte que le système – auquel on participe parfois sciemment – résolve la quadrature du cercle.

Nicolas Hulot était contraint de démissionner au risque de révéler la supercherie, d’autant plus voyante qu’il a toujours porté haut l’exigence écologique. Il aurait pu, comme d’autres, être plus prudent en baissant son niveau d’exigence. Mais il en avait déjà trop dit.

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