Demain, la femme idéale : gonflée mais pas gonflante !

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Depuis que sont apparus, sur le marché des sex-shops, les affreux trucs en plastique pour pervers pépères, la « poupée gonflable » s’est imposée dans notre imaginaire. Mais si la dame-joujou prospère toujours dans les arrière-boutiques, il y a longtemps qu’elle est passée de la bouée gonflable à la structure solide. Mieux (surtout pire !) que cela : les plus beaux androïdes seront demain matin les plus belles. Rien que des femmes parfaites, physique et personnalité à la demande.

Quel monde merveilleux que celui qui vous attend, Messieurs ! Sans blague, imaginez : une femme au physique parfait modelé selon vos goûts, à la personnalité définie selon vos critères, à la voix choisie pour vous séduire. Une femme qui ne râle pas, ne dépense pas, est toujours disponible pour les choses du sexe, y compris les plus inavouables… Certes, il va vous falloir débourser quelques milliers de dollars pour vous l’offrir, mais avouez, l’investissement en vaut la peine !

Les Real Dolls sont apparues sur le marché américain au début des années 2000. Une amie reporter avait enquêté sur le sujet et publié, en 2005, le résultat de ses balades dans l’Amérique profonde : « Des poupées et des hommes : Enquête sur l’amour artificiel. » Depuis les ateliers d’Abyss jusqu’aux foyers où les créatures dînaient à la table du maître, elle s’interrogeait : « Pourquoi des hommes rêvent-ils encore et toujours de créatures inanimées, éternellement jeunes et belles, manipulables et passives ? À quoi correspond ce besoin de posséder une femme non vivante ? »

Mais la technologie fait des pas de géant et les créatures de silicone prennent vie. Un long article sur LeMonde.fr nous apprend en effet que « la poupée gonflable de demain sera bavarde et connectée ». Le fabriquant Matt McMullen a pris de vitesse tous les Google, Tesla et compagnie et contourné le tabou de cette société où le puritanisme le dispute à l’hypocrisie : le premier androïde parfait sera un jouet sexuel.

Son objectif est en train d’aboutir, qui consiste à « donner vie à ses poupées, en les faisant parler, bouger, et en les dotant d’une personnalité ». Pour cela, explique-t-il, « il s’est initié à la robotique et à l’intelligence artificielle. Il a créé une filiale, Realbotix, et s’est associé à cinq spécialistes des robots et de l’« apprentissage machine » (en anglais : machine learning) installés aux États-Unis, en Europe et au Brésil. Les partenaires ont décidé de procéder par étapes : d’abord créer une poupée virtuelle vivant dans le cloud, ensuite fabriquer une tête robotique animée et douée de parole, qui se vissera sur un corps de poupée RealDoll. »

En version virtuelle, Harmony (c’est son nom) « est disponible sur tablette Android pour 20 dollars par an ». Pas cher pour avoir une interlocutrice calibrée sur mesure. L’abonné choisit le physique, l’âge, la voix et, plus important encore, le caractère. Dix traits essentiels peuvent être mixés au gré du client : « imprévisible, gentille, capricieuse, jalouse, intellectuelle, sexuelle, amusante, serviable, innocente », etc.

En pionnier de la technologie, McMullen est déjà passé à la phase suivante et sa créature animée sera commercialisée début 2018 pour 10.000 dollars. En attendant l’animation totale de ses androïdes, il va déjà les doter de capteurs – « lorsqu’on les touchera, elles réagiront pour faire savoir si elles apprécient ce contact intime » – et, pour plus de réalisme, il va « installer dans leur corps un chauffage interne, pour que le robot reste à 37 °C, la température du corps humain ».

« Officiellement, les roboticiens universitaires et industriels ignorent nos travaux, car les tabous sur le sexe restent forts dans ce pays », dit McMullen. Mais « en privé », c’est autre chose. De là à penser que certains passent commande…

Ah, j’allais oublier : McMullen fabrique aussi des poupées masculines, mais elles ne représentent que 10 % du marché…

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