Économie

Le déficit de la France passe sous la barre des 3 % : cocorico ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Déjouant les sombres pronostics de la Cour des comptes, nous sommes repassés pour la première fois depuis 2007 en dessous des 3 % du PIB de déficit. Celui-ci ne sera que 2,6 % au lieu de 2,9 % prévu, grâce à de très bonnes recettes fiscales générées par le surplus de croissance. Alors que nous étions le dernier pays, avec l’Espagne, à rester dans la procédure de déficit excessif, que nous avions échappé de justesse depuis trois ans aux sanctions de Bruxelles, nous sommes enfin revenus dans les clous.

Cependant, il faut se garder de pavoiser. D’abord, nous traînons toujours le problème des 10 milliards extorqués à tort aux entreprises par M. Hollande et qu’il a fallu rendre. Des acrobaties financières ont permis de retarder l’année de la prise en charge de cette bévue, mais elle pèsera sur 2018 et 2019 : le gouvernement prévoit un déficit à 2,8 %, et 2,9 % les années suivantes (peut-être moins si la croissance se maintient, mais elle semble fléchir en ce début de 2018). Ensuite, l’amélioration n’est due qu’à un surplus de recettes. Les dépenses ne diminuent pas, loin de là, et nous restons vice-champion du monde des impôts. Notre taux de prélèvement obligatoire n’est battu que par celui du Danemark.

Mais, surtout, regardons les chiffres en face. 2,6 % de déficit ne signifie pas que les recettes se montent à 97,4 % des dépenses mais que le trou représente 2,6 % du PIB, soit 66 milliards d’euros. En fait, malgré l’avalanche d’impôts en tout genre, nous ne couvrons que 86 % des débours et nous ne sommes plus à l’équilibre depuis 1974. Aucun ménage ne pourrait tenir avec un tel trou, mais notre pays est drogué à la dette. Celle-ci est passée de 96,6 % du PIB, en 2016, à 97 %, en 2018. M. Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances, espère que nous ne dépasserons pas les 100 %, mais ce pourcentage est purement symbolique, vu que l’Italie est à 132 % et le Japon à 230 %. Le système tient car la confiance règne. On prête à l’État français, car on estime que quoi qu’il arrive, il remboursera. Les créanciers ne demandent même qu’un intérêt symbolique. Mais cette confiance est récente et provient en grande partie du manque de rentabilité des autres placements. Elle pourrait donc rapidement s’effriter.

Nous ne sommes pas sortis des difficultés, loin de là. Le déficit cessera d’être dangereux en dessous de 1 %. Le gouvernement pense y arriver en 2021. Mais cette prévision suppose que nous ne connaîtrions, d’ici là, aucune crise, comme celle de 2008. En 2007, nous étions dans la même situation que maintenant avec l’espoir de nous en sortir rapidement. On connaît la suite. Or, les crises reviennent à intervalles réguliers et le cycle de prospérité a duré plus longtemps que d’ordinaire. Aussi, on peut annoncer sans risque de se tromper qu’un krach se produira en 2018, 2019 ou, au plus tard, 2020. Mais alors que les autres pays européens ont profité de l’embellie économique pour assainir leur situation et se préparer aux années de vaches maigres, nous émergeons seulement : je crains qu’il ne soit trop tard !

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