Editoriaux - Polémiques - Politique - 4 octobre 2018

Décidément, Benjamin Griveaux a le sens de l’humour

« Je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne suis pas un homme. » On se souvient de cette saillie (si l’on peut dire ainsi) d’un barbu qui se disait « non binaire », en juin dernier. La Macronie a dû s’inspirer de cette phrase magique pour faire sa communication autour de la vraie démission de Gérard Collomb. Ceci n’est pas une crise politique. Non, non. « Rien de ce qui se passe depuis 48 heures ne s’apparente à une crise politique », a déclaré, mercredi, sans rire, Benjamin Griveaux, lors de la conférence de presse qui a suivi le Conseil des ministres.

Une crise de quoi, alors ? Au minimum, une crise de foi de la part du premier rallié de la Macronie. Gérard Collomb croit plus en Lyon qu’en Emmanuel Macron, à l’évidence. Il est vrai que Lyon a plus de deux mille ans d’existence et qu’Emmanuel Macron ne sera, au mieux, qu’une péripétie de l’histoire de notre pays. « Péripétie », justement, c’est le mot employé à la cantonade par le Président pour qualifier cet événement (employons ce terme comme on le faisait autrefois pour qualifier la guerre d’Algérie ou les émeutes de Mai 68). Va pour « péripétie ». Que dit notre bon vieux dictionnaire ? « Du grec peripeteia, événement – ah, tout de même ! – imprévu. Changement subit de fortune dans la situation d’un héros de théâtre ou de roman. » Emmanuel Macron, faut reconnaître, a donc eu le mot juste. Le « maître des horloges » n’a rien vu venir. Du reste, depuis l’affaire Benalla, qui restera le tournant majeur du quinquennat, rien ne va plus. Le Président subit les événements et n’arrive pas à reprendre la main. Aux Antilles, il a voulu jouer la proximité. Mais trop de proximité tue la proximité, si l’on en croit son ancien camarade de lycée, l’humoriste Fabrice Éboué. Le héros de théâtre – on saura vite s’il s’agit de comédie ou de tragédie – ou de roman de gare, fabriqué à la va-vite en 2016, enchaîne les revers de fortune à une cadence désormais industrielle.

On aimerait sourire, comme le journaliste du Figaro Guillaume Tabard, qui attribue dans un tweet à Benjamin Griveaux le prix de l’humour politique 2018, mais les propos du porte-parole du gouvernement montrent tout simplement que c’est des Français que se moquent Emmanuel Macron et son équipe. Quel Français, un minimum instruit en politique, peut avaler ce genre de billevesée ? Ceci n’est pas une crise politique ! Emmanuel Macron voulait tuer la politique – et il n’a, sans doute, pas renoncé à son projet – pour installer définitivement une sorte de despotisme technocratique. Mais la politique est comme l’eau que l’on veut contraindre : un moment ou un autre, par fort orage, elle se rappelle à nous. Car la politique est d’abord faite de rapports de force et de rapports humains. La politique, c’est la vie.

Mais soyons bon prince avec le Président. Admettons qu’il ne s’agisse pas d’une crise politique. Alors, c’est peut-être pire encore. C’est une crise de l’autorité. Emmanuel Macron a voulu faire croire aux Français qu’il rétablirait la dignité de la fonction présidentielle. L’acteur a tenu son rôle le temps d’une investiture et de quelques pince-fesses royaux et puis s’est lâché en bras de chemise. Emmanuel Macron a voulu faire croire aux Français qu’il rétablirait l’autorité au plus haut de l’État. Et cette autorité est bafouée en direct devant les caméras par un vieillard qui n’a pas encore craché sa dernière dent. Emmanuel Macron a voulu faire croire aux Français qu’il rétablirait l’autorité de l’État partout sur le territoire de la République, et à entendre Gérard Collomb lui-même, on n’en prend pas vraiment le chemin.

Donc, ceci n’est pas une crise politique.

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